Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE OÙ ON A PERDU UNE CLÉ D’ACCÈS CHANTIER DANS LE SABLE
LA PIÈCE OÙ ON A PERDU UNE CLÉ D’ACCÈS CHANTIER DANS LE SABLE

LA PIÈCE OÙ ON A PERDU UNE CLÉ D’ACCÈS CHANTIER DANS LE SABLE

Pièce n°2595
Écrite par Quokka Cola

Pièce du Casteltober 2026 - Jour 18 : Vertébré

– On est dans la sauce, dit Athos en arrivant à mon niveau.

Je reviens de mon inspection le long de la voie ferrée pour vérifier que les attaches étaient suffisamment serrées. Je plisse des yeux en regardant Athos pour déterminer si “on” est dans la sauce ou si “il” est dans la sauce.

Il reprend son souffle, et j’en profite pour remettre dans l’ordre mes feuilles de contrôle. Je ne sais pas encore ce que Athos va me raconter, mais je sais que j’ai un autre sujet à partager avec lui. Ce n’est pas que les attaches ne sont pas suffisamment serrées, c’est qu’elles sont toutes trop serrées. Je pense qu’Athos va devoir m’envoyer le certificat d’étalonnage de sa visseuse. Il pourrait en profiter pour m’envoyer toutes ses fiches de contrôle des deux dernières semaines tant qu’on y est. Ce n’est pas un mauvais conducteur de travaux, mais qu’est-ce qu’il est chiant quand il s’agit de la paperasse. Il est d’une telle lenteur que je me demande s’il ne tient pas plus du ver de terre que du vertébré.

– Un de mes gars a perdu sa clé d’accès au chantier.

OK. On est dans la sauce. Je dirais même la giga sauce. Il faudrait remplacer toutes les serrures. Ça va coûter un fric fou et on a déjà du mal à faire passer le café en notes de frais. Je balaie rapidement les solutions qui s’offrent à moi, mais toutes m’amènent à la mort dans d’atroces souffrances. Toutes, sauf une.

– Qui est au courant ? je demande.

– Personne, à part mon gars. Et t’inquiète, je l’ai viré du chantier. Il est pas prêt de parler, avec son NDA.

– Fais une copie, et prétends qu’il ne s’est rien passé, je souffle à voix basse.

Athos hoche la tête et repart avant que je n’ai le temps de lui parler des attaches. Je décide de retourner faire un tour le long de la voie, juste pour voir si je ne pourrais pas retrouver la clé. Par hasard.

Il n’y a pas de clé dans le sable. Juste des traverses, du ballast, et des kilomètres de rail, à perte de vue. Je trouve ça beau, le rail. Je trouve ça poétique. Des morceaux de rail de vingt mètres assemblés par soudure, de nuit, pour éviter les écarts de température, et qui forment ensemble un long rail soudé. Un seul et même rail. Un peu comme l’Ordre, je suppose. Je ne sais pas pourquoi on prend toujours l’image de la toile d’araignée. Probablement parce que mon long rail soudé est linéaire, et que ça ne suffit pas à représenter le spirit ocean.

Ma connexion au cœur gronde de mécontentement. Il y a quelque chose de bizarre dans l’ambiance en ce moment. Quelque chose de sourd, mais qui se ressent dans chaque battement de cœur. Il y a probablement quelque chose qui contrarie le Lord, mais je ne sais pas exactement quoi. Ce n’est qu’une impression. Un soupçon. Une respiration.

Ici, au cœur des Terres de Sable, on est si loin de tout qu’on ressent à peine le lien qui nous lie à Lui. C’est comme ça dans les endroits instables, où son contrôle n’est pas total.

Ici, il n’y a que du sable, du ballast, et un long long rail.

Et aussi des putains de serpents.

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Un commentaire

  1. J’aime beaucoup cette pièce. Surtout la fin avec tout le passage sur le spirit océan et le mystère qui plane autour de ce qui contrarie le Lord.
    La disparation de la clé est sans doute le premier maillon de quelque chose de (beaucoup) plus grand 😮

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