Pièce n°2619
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Selen
Pièce du Casteltober 2026 - Jour 23 : Grincement
Tem et Réaubal sont déjà dans la salle de réunion quand j’arrive. Le grincement de la porte n’émeut même pas l’assistant n°1, qui ne daigne pas lever les yeux de son ordinateur. Je pose une tasse de café devant Tem, et je m’assois.
Le sol est humide. Un peu collant, mais surtout humide. La moquette fait de petit “spouich spouich” quand on pose ses pieds au sol. C’est Réaubal qui a réservé la salle. Il l’a probablement fait au dernier moment, tout comme il nous a “convoqués” pour ce point au dernier moment.
Ce n’est pas que je trouve Réaubal désagréable. En fait, si, je le trouve désagréable. Ce que je trouve vraiment pénible, c’est qu’il s’organise mal et que chaque petit inconvénient devient très vite une urgence générale à régler au plus vite. Comme par exemple la visite de chantier dans les Terres de Sable du Pr. Plumefer, prévue dans moins d’une semaine. L’organisation de ce genre d’évènements étant le privilège de l’assistant n°1, je le précise.
La pluie s’abat sur les carreaux et glisse sur le verre. Des ouvrants à la française, en simple vitrage. Je ne pensais plus qu’il y en avait encore dans les bâtiments de bureaux, comme quoi on a toujours des surprises.
La réunion est interminable. Travailler avec Réaubal, c’est faire face à des “il faut circle back” et des “c’est important de benchmarker les solutions de transport avant de prendre une décision” la veille des rendus. S’il avait été à l’université, ça aurait été horrible de faire un travail de groupe avec lui.
Tem est sous l’eau. Déjà parce qu’il lui pleut dessus, et ensuite parce qu’il gère le dossier des menaces de mort à l’encontre du Pr. Plumefer. Il ne veut pas trop m’en parler, parce que je suis concerné et qu’il me juge trop fragile psychologiquement en ce moment, mais de ce que j’en ai saisi, ce n’est pas une épine qu’il a dans le pied, mais une épée. Il tient à peine debout en ce moment. D’où le café.
C’est moi qui finis par m’emparer du sujet. On se réunit tous les soirs pendant trois jours dans cette salle minuscule où il pleut à l’intérieur même quand il ne pleut pas dehors, et chaque soir, on patine. Réaubal tergiverse pendant des heures sur les propositions que je fais, avant de s’emparer de mes suggestions comme si l’idée était la sienne. La seule chose qui m’évite de lui sauter à la gorge, c’est que je sais qu’au moins le Pr. Plumefer fera bon voyage. C’est déjà suffisamment difficile à gérer dans sa condition, il pourra au moins compter sur une bonne organisation.
Réaubal n’était pas comme ça avant. Il savait gérer les urgences. Ou alors, il a toujours été ainsi, à s’approprier le travail des autres et à s’élever au-dessus d’eux. Mais je préfère penser qu’il utilise trop cAIstor, l’outil intelligent développé en ce moment, et que ça a transformé son cerveau en gelée à la framboise.
Ce soir, deux jours avant le départ du Pr. Plumefer, je suis particulièrement fatigué. Je ne me suis pas vraiment remis du choc de la farine dans l’enveloppe, et je dors mal en ce moment. Les préparatifs du voyage du Pr. Plumefer me prennent tout mon temps en plus de mes tâches habituelles, donc je rentre tous les soirs après 10 heures. Le chauffage se coupe à 7h, donc il fait très froid dans les bureaux le soir.
Un toc sur le miroir me fait sursauter. A bien y regarder, ce n’est pas un miroir, mais une vitre sans teint. Il est vrai qu’avant la réorganisation des services de l’Ordre, toutes les salles de réunion de cet étage étaient en fait des salles d’interrogatoire.
Nous nous levons, et Tem ouvre la porte. Un froissement de plumes nous invite à entrer.
Ouaip bah c’est clairement la soupe à la grimace. Tout le monde semble au bout du rouleau. Et Réaubal est toujours aussi insupportable…