Pièce n°2621
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Selen
En compagnie de Pioupiou
Pièce du Casteltober 2026 - Jour 24 : Thermomètre
– Pr. Plumefer ? demande Réaubal d’un air surpris.
La pièce est étroite et sombre. Elle devait servir pour observer les interrogatoires avant. Le Pr. Plumefer est assis sur une chaise haute qui lui permet d’observer la situation dans la salle de réunion. Ça me met mal à l’aise de voir la place que j’y occupais. C’est le fait d’être observé en secret qui m’embarrasse. Est-ce qu’il a vu les petits dessins que j’ai fait dans les marges de mon carnet ? Va-t-il me réprimander ? Ce n’est pas un crime de gribouiller, non ?
– Ah, chers assistants, dit le Pr. d’une voix douce et j’ai la chair de poule. Je vous cherchais, et me demandant où vous aviez tous les trois disparus, j’ai pris la liberté de regarder dans vos agendas, où j’ai appris pour vos petites réunions vespérales. Très original, d’ailleurs, ce titre d’évènement : “Voyage Pioupiou”. Très amusant.
Il n’a pas l’air de s’amuser du tout, mais je garde mes commentaires pour moi. Réaubal, qui d’habitude affiche un sourire goguenard, sent qu’il va se faire enguirlander. Il jette un regard furtif vers moi, ce qui n’annonce rien de bon.
– Oui, Selen et Tem étant impliqués dans l’organisation de votre visite de site, nous avons jugé qu’il était mieux de nous réunir, dit-il.
Tem sourit d’un air crispé et le fusille du regard. Il ne doit pas apprécier que Réaubal essaie de nous filer la responsabilité de sa bourde.
– Tous les soirs de la semaine ? demande le Pr. Plumefer.
– Oui, c’est cela, dit Réaubal. Cela demande beaucoup de travail de ma part.
Tem s’étouffe et boit une gorgée de son café froid. Il est presque 8h, et d’ordinaire je l’aurais rabroué parce que la caféine empêche de dormir, mais moi aussi je bois du café jusque tard dans la soirée pour tenir le coup. Le regard du Pr. Plumefer s’arrête sur moi, et l’anxiété me coupe le souffle. Je tremble un peu.
– L’organisation de cette visite de site semble mobiliser bien trop de ressources, si mes trois assistants doivent y travailler en overtime toute une semaine, dit le Pr. Plumefer. Il vaut mieux que j’allège ta charge de travail, Réaubal. Selen, tu prends le lead et tu m’accompagneras lors de la visite de site.
– Mais, Professeur, Selen est encore inexpérimenté, proteste Réaubal.
– Je n’ai jamais eu à me plaindre du travail de Selen, qui jusqu’à présent a toujours été exemplaire et fait régulièrement preuve d’initiative. Je ne peux pas en dire autant de tout le monde, dit sèchement le Pr. Plumefer.
Il balaie le sujet d’un coup d’aile, et Réaubal n’ose plus protester. L’assistant n°1 me jette un regard furieux, qui me laisse penser qu’il va me le faire payer ces prochains jours.
Le Pr. Plumefer saute de la chaise et atterrit en douceur sur le sol. L’éclairage s’est éteint dans l’autre pièce, le détecteur de présence n’ayant détecté aucune présence ces dernières minutes (le matériel fonctionne bien pour une fois), et le plumage du Professeur n’est éclairé que par la loupiote verte fléchant l’évacuation.
– Et, Réaubal, à partir de maintenant, chacune de tes réunions avec mes collaborateurs devra être accompagnée d’un compte-rendu que tu me feras parvenir dans la journée, achève le Pr. Plumefer.
Je reste là, abasourdi, pendant que Réaubal prend rageusement la fuite. Tem pose sa main sur mon épaule.
– Selen, ça va ? Tu es tout pâle. Tu as pris ta température ? Tu veux qu’on aille acheter un thermomètre ?
Je me reprends, et je secoue la tête.
– Non, je suis juste un peu fatigué. Tout va bien.
Tem sourit, et je me retrouve à sourire aussi.
– En tout cas, c’est super ! Tu n’es pas prêt de te faire remplacer ! Pour moi, ça voulait dire que tu as fait tes preuves ! On va fêter ça ?
Et toc ! Dans ta face Réaubal ! Pour une fois, justice a été faite. Bon, maintenant, j’espère qu’il ne va pas faire payer à Selen sa disgrâce…