Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CUISINE OÙ JE SUIS ACCUSÉ
LA CUISINE OÙ JE SUIS ACCUSÉ

LA CUISINE OÙ JE SUIS ACCUSÉ

Pièce n°2417
Écrite par Didou

— Où est-ce qu’il est ? OÙ EST-CE QU’IL EST ?!

Aucun de mes collègues n’ose répondre. À la place, ils reculent d’un pas et se positionnent en ligne jusqu’à former un chemin jusqu’à moi.

— Si je peux me permettre…, je commence en levant un doigt en l’air.

Mais je n’ai pas l’occasion de terminer. Déjà, deux types me saisissent par les bras tandis qu’un troisième m’arrache mon uniforme de cuisine. Je pousse un cri de protestation puis un second lorsque mon maillot de corps m’est lui aussi arraché et que je me retrouve soudain torse nu devant tous mes collègues.

— Pas de plaque, chef, fait l’un des gorilles qui me tient.

L’autre se rapproche. Plus petit que ses hommes, son air de chien féroce le fait toutefois paraître bien plus dangereux qu’eux. Il me fixe dans les yeux suffisamment longtemps pour que mes jambes tremblent puis lève une main en l’air et claque des doigts.

Un homme apporte aussitôt une assiette qu’il dépose sur le plan de travail à côté de moi.

— Mange, m’ordonne le chef.

Comme j’hésite, il me saisit par la nuque et me tire vers lui.

— Ce plat a été préparé par tes soins, gronde-t-il en me soufflant son haleine au visage. Il a été servi au Lord devant toute une partie de son équipe. Maintenant, mange.

Il me relâche d’un geste brusque et serre si fort son poing que je crains qu’il ne me déboite la mâchoire avant que je n’ai pu obéir. Un frisson, mélange de froid et de peur, me parcourt le corps. Je déglutis.

Le bras tremblant, je m’empare d’une fourchette et saisis avec une feuille de salade rainurée de veines rouges. Le silence dans la pièce est surréaliste tandis que je la porte à mes lèvres.

— Continue de manger, exige mon tortionnaire.

Deux, trois, quatre feuilles de salade y passent. Lorsque la dernière est terminée, je supplie mon bourreau du regard. Celui-ci se contente de désigner l’assiette.

— Mange.

— Mais…

— Mange.

Je fixe le plat sans comprendre. À vrai dire, ça fait un moment que je ne comprends plus rien à ce qu’il se passe. Ce matin, j’ai été propulsé responsable de cuisine. Moins d’une dizaine de minutes plus tard, on me demandait de préparer de l’oseille sanguine. J’ignorais que le maincoin se mangeait mais qui suis-je pour juger les goûts de la haute ? L’ingrédient étant absent de ceux qui m’avaient été donnés, j’avais pioché dans mes propres économies pour ajouter trois pièces d’or, que j’avais pris soin de tremper dans du jus de betterave pour leur donner un semblant de couleur rougeâtre, à une assiette de salade. De l’oseille sanglante donc. Et voilà comment j’étais récompensé.

— Toi et tes amis de la Résistance vous pensez plus malins que les autres hein ? Je vais vous prouver combien vous avez tort.

— La Résistance ? Qu’est-ce que c’est que ces histoires encore ? Je n’ai jamais…

— Finissez-en avec lui.

— Non ! Attendez ! Je…

Un coup dans l’estomac coupe net mes protestations. Les deux gorilles me saisissent à nouveau par derrière et je me débats de toutes mes forces tandis que le troisième s’empare des pièces.

— Pas ça ! Par pitié.

Rien n’y fait. Le troisième de la bande plaque sa main contre ma bouche et me force à avaler les pièces juste avant que je ne perde connaissance.

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