Pièce n°2557
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Ephrin Rhorrhas
Pièce du Casteltober 2026 - Jour 2 : Processeur
Je referme la porte derrière moi, la poignée ovale tourne sur elle-même trois fois, un clic se faisant entendre lors des deux premiers tours, un clac pour le dernier.
Je me retourne et observe la nouvelle pièce dans laquelle je me suis enfilé. Pour une pièce au bout d’un long couloir, elle ne paie pas de mine. Un cube simple, murs pâles à la couleur vieillie. Pas de fenêtre que je puisse voir, hauteur sous le plafond moyenne. Une partition interrompt le mur à ma gauche et bloque à ma vue un espace dont provient ce qui semble être la seule source de lumière active dans la pièce. Je m’avance, n’annonçant pas ma présence mais ne faisant pas non plus d’effort pour la dissimuler — de toutes façons, le parquet craque sous mes pas.
Derrière la partition se révèle un bureau simple en bois, dont une paroi de bois dissimule la partie inférieure de la personne qui y est assise. La personne en question a l’air plutôt âgée et est cassée en deux, lunettes épaisses à quelques centimètres de la surface sur laquelle elle écrit, langue tirée en signe de grande concentration, une longue plume grattant audiblement. Je me tiens debout un instant, attendant qu’on me remarque. Rien. J’attends encore et me racle la gorge. … Rien. Derrière le bureau, une nouvelle porte, très semblable à celle qui m’a mené dans cette pièce. Je me penche un peu sur le côté, pieds restant au même endroit, et observe une sonnette, un gros bouton dont on s’attend à ce qu’elle fasse un gros BZZZZT BZZZZT, dans une salle d’attente par exemple. En dessous du bouton, une petite plaque sur laquelle sont écrites quatre lettres : Pr. Pr. Ah ?
« Excusez-moi ? » J’insiste encore auprès de la personne derrière le bureau.
« Mouiiii …? »
Elle ne lève pas les yeux, ni n’arrête de gratter de sa plume. J’hésite, un peu décontenancé. Je ne me fais toujours par à la bizarrerie des gens qui peuplent ce « Château ».
« Euh… Qui… Qu’est-ce que…, » je décide de partir sur qui. « Qui est… P-R-P-R ? »
La vieille personne lève les yeux, me regarde de haut en bas et sourit — son sourire… donne cependant plus l’impression que je ne suis pas censé sourire avec elle, que les plaisanteries en cours me sont extérieures.
« Bien… bien, bien ! Oui. P-R-P-R, c’est le titre et le nom du Professeur Processeur. Vous n’avez pas rendez-vous, j’imagine ? »
Je fronce les sourcils, presque par réflexe. Avant que je n’ai le temps de répondre, la personne répond :
« Oui, oui, je m’en doutais, quasiment personne ne prend jamais rendez-vous ! Ne vous en faites pas,… »
« Euh, je, pardon, je ne comprends pas…, » je l’interromps.
« T-t-t-t-t-t !, » m’interrompt-elle en retour, « pas besoin. Notre cabinet vous trouve quand vous avez besoin. »
Elle regarde quelque chose sous le bureau, disparaissant derrière pendant une fraction de seconde, puis en ré-émerge et, d’un ton plaisant :
« Vous pouvez y aller. Allez-y ! Qu’est-ce que vous attendez ? »
Je suis toujours aussi confus mais contourne son bureau, comme elle m’y invite par ses gestes et enfonce mon doigt sur la sonnette (BZZZZZT, BZZZZZT). Je lui jette un dernier regard confus et elle sourit, ses yeux disparaissant derrière ses joues, me chassant gentiment de ses deux mains. J’ouvre la porte et entre dans cette nouvelle pièce.