Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA SALLE DES ARCHIVES DU COMMISSARIAT
LA SALLE DES ARCHIVES DU COMMISSARIAT

LA SALLE DES ARCHIVES DU COMMISSARIAT

Pièce n°2590
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre
En compagnie de Cracotte

Pièce du Casteltober 2026 - Jour 16 : Muscle

— Est-ce que quelqu’un a vu la section numérique ?

— J’ai le dossier des P ici !

— Fermez la porte ! Fermez la porte, bordel, avant qu’un courant d’air…

L’autre ne peut terminer sa phrase. Au milieu du chaos général, une bourrasque fait voltiger les feuilles étalées par terre, sur les bureaux, les chaises, les étagères, les ordinateurs, parfois même sur les personnes, et provoque un concert de râlements. La rébellion qui menace est toutefois tuée dans l’œuf lorsque le commissaire est identifié comme coupable. Un abattement mêlé de lassitude s’empare de la dizaine de policiers réunis dans cette pièce exiguë, dont le faible éclairage oblige à plisser les yeux en permanence et où l’odeur de transpiration est à peine supportable.

— Mes amis, je crois que vous avez tous besoin d’un repos bien mérité.

Les paroles du commissaire ne dérident pas ses collègues. Persuadés qu’il s’agit d’une mauvaise blague, la plupart maugréent, ruminent. Un colosse tout en muscles se lève et apostrophe son supérieur :

— C’est pas drôle, chef. Déjà qu’on en a marre de…

— Je nous ai obtenu une semaine de délai.

Aux côtés du commissaire, je hausse un sourcil mais ne démens pas les propos de ce dernier. J’en serai de toute façon incapable. Un brouhaha plus puissant encore que le précédent résonne dans la salle et bientôt, une véritable marée humaine se jette sur son sauveur.

— Prenez votre demi-journée, poursuit ce dernier au milieu des remerciements et des larmes de joie. Vous l’avez tous amplement mérité.

Un magicien n’aurait pas réussi meilleur effet. Les policiers, un instant groupés autour de nous, se volatilisent d’un seul coup, se moquant bien des courants d’air provoqués par leur sortie précipitée. Un étrange silence retombe alors dans la pièce, silence que je ne laisse pas s’éterniser.

— Bien, nous avons du travail. Détective Cracotte, vous aurez la charge de ce qui se trouve au sol. Commissaire, les bureaux. Quant à moi, je m’occupe des armoires et étagères.

— Puis-je savoir ce que l’on cherche ?

Je sens la déception dans sa voix. Sans doute aurait-il préféré, comme ses collègues, jouir d’un peu de repos.

— Tout ce qui se rapporte à un certain Salomon Krane. Au plus vite nous aurons fini, j’ajoute, l’air de rien, au plus vite nous serons repartis.

Le commissaire doit comprendre le sous-entendu puisqu’il se jette sur les bureaux, étudiant d’un coup d’œil rapide les documents qui y sont entassés. Satisfait, je me dirige lentement vers mon coin de travail et ouvre le premier tiroir de la première armoire.

Alphonse Ricdel.

Hilary Beauclair.

Les deux documents me suffisent pour comprendre qu’absolument rien n’est classé. Je fais claquer ma langue puis pousse un long soupir devant l’ampleur de la tâche à accomplir. 

La journée promet d’être longue. Très longue.

— Ah, ça y est, j’ai trouvé, Partenaire ! s’exclame soudain Cracotte.

Comme je me tourne vers lui et le dévisage sans y croire, il lève un dossier au nom de Salomon Krane et me sourit.

— Pas vrai que je suis un super Détective ?

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