Pièce n°2489
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Selen
– Qu’est-ce que tu as fait encore ? demande Réaubal de manière très désagréable.
Il est un peu moins de neuf heures du matin, je suis ici depuis un peu plus d’une heure, parce que trier le courrier prend toujours un temps infini. J’ai très bien dormi cette nuit. Et je me suis réveillé à l’heure habituelle sans réveil, soit parce que les horaires du travail sont gravés en moi, soit parce que j’avais envie de savourer la cheville tip top réparée par le mage Aninga. Aujourd’hui j’ai opté pour un haut marinière à fond rose foncé et à rayures blanches. J’aime beaucoup les marinières. Je pense que les rayures horizontales et le col me vont à merveille. Et aujourd’hui, j’avais envie de me sentir beau. J’ai même mis un trait d’eyeliner à paillettes. Discret, mais je ne désespère pas qu’un jour le Pr. Plumefer plonge dans mon regard et me dise que j’ai de très beaux yeux. Ce qui est factuellement vrai, je suppose.
Tout ça pour dire que la journée avait très bien commencé, avant que Réaubal ne vienne me prendre la tête. Je déteste Réaubal. Pourquoi ? Déjà, parce qu’il ne m’a jamais dit bonjour depuis que je travaille ici. Pour lui, l’assistant n°3 n’existe pas, et l’assistant n°2 est à peine digne de son salut. Ensuite, parce qu’il n’est presque jamais au travail, mais quand il est là, il critique tout ce que je fais. Et ensuite, parce qu’il méprise le Pr. Plumefer. Tem l’appelle souvent “Pioupiou”, mais c’est plus pour m’enrager moi que parce qu’il veut se moquer du Professeur. Réaubal, lui, déteste vraiment le Pr. Plumefer. Il doit penser que c’est injuste de travailler pour lui alors qu’il est condamné à rester sous la forme d’un poussin 30 jours sur 31. Il doit sans doute se trouver meilleur que lui, alors que si le Pr. Plumefer en est arrivé là, c’est parce qu’il le méritait.
J’admire beaucoup le Pr. Plumefer. Et je l’aime aussi, évidemment.
Bref. J’étais dans la salle où on stocke tout le matériel d’impression (et d’autres choses, mais on y trouve surtout du papier de toutes tailles, épaisseurs et couleurs). Tout est organisé rigoureusement, du moins en partie, parce que c’est moi qui y passe le plus de temps dans le service. Mais comme d’autres personnes l’utilisent, il y a souvent du désordre. Je prends donc le temps de ranger, une fois par semaine. Mes collègues m’en sont souvent reconnaissants. Et je ne leur en veux pas de ne pas toujours ranger. Ici, la vie est tellement hectique qu’ils partent souvent en courant pour aller régler des urgences.
Ce matin, on a reçu un gros stock d’encre. Comme la vingtaine d’imprimantes du service ne sont pas toutes du même modèle, il y a plusieurs types de recharges. J’ai décidé de me lancer dans le chantier du tri. ça m’a pris du temps de tout organiser, mais j’ai tout trié (qui a rangé une recharge d’encre vide parmi les neuves alors qu’on a une poubelle spéciale pour le recyclage ?), j’ai étiqueté les compartiments, et je venais à peine de finir quand Réaubal est entré.
– Il va me falloir plus de précisions, je maugrée. J’ai des journées chargées.
– Tu parles, raille Réaubal et je me retiens de lui en foutre une. Qu’est-ce que tu as fait au café de Pioupiou ?
Je me relève pour lui faire face, mais il est malheureusement beaucoup plus grand que moi. Pour l’intimidation, on repassera.
– Il s’appelle Pr. Plumefer, je dis. Et je n’ai rien fait au café.
– Ah oui ? dit Réaubal en me regardant de haut. Il a passé presque une demi-heure à regarder le gobelet hier pourtant.
Oh merde. J’y ai laissé mon nom. Je savais que ça allait me retomber dessus. Tem était beaucoup trop confiant. J’essaie de maintenir un regard neutre, et je bouscule Réaubal pour sortir.
– Je ne vois pas de quoi tu parles. Et en parlant de café, le Pr. Plumefer va bientôt arriver, il faut que j’aille le préparer.
Réaubal essaie de dire un truc (sûrement désagréable), mais je suis déjà sorti et je fais comme si je n’entendais rien. Lorsque j’apporte son café au Pr. Plumefer, il ne me regarde même pas, comme si l’incident du café d’hier était déjà oublié. Je me fais tout petit. Il a peut-être oublié, mais moi je me souviens qu’il m’avait dit que j’étais insupportable à regarder. Réaubal avait déjà gâché ma matinée, mais penser à ça me glace tout entier.
Il me déteste sûrement. Je dépose la tasse sur le bureau (j’avais pris soin d’en choisir une aux reflets bleutés en céramique) ainsi que son courrier (du moins le plus urgent), et je me dépêche de prendre la fuite.
Mais non ! C’est une bonne chose qu’il ait oublié de masquer son nom. Plumefer changera peut-être grâce à ça. Je n’aime pas, mais alors pas du tout Réaubal XD