Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE WAGON 7 DU STGV À DESTINATION DE BOURG-Y-TARTE
LE WAGON 7 DU STGV À DESTINATION DE BOURG-Y-TARTE

LE WAGON 7 DU STGV À DESTINATION DE BOURG-Y-TARTE

Pièce n°2408
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Quokka

Ray nous emmène jusqu’à nos sièges. Trop bien, on a quatre places autour d’une table. Boubou dit que c’est un « carré familial ». Du coup, avec la mif on s’installe et Ray refuse de mettre son sac à dos dans le « compartiment au-dessus des sièges » comme il a dit le contrôleur quand il est passé. Il a trop peur que quelqu’un lui vole ses affaires. Et il veut pas se séparer de son couteau à saucisson.

Moi je me mets à côté de la fenêtre et Boubou se met à côté de moi. Ray se met en face. Il jette un regard super méchant au monsieur qui vient s’installer à côté de lui. Finalement, le train se met en marche et on part. C’est nul, il y a pas de paysage, on est dans un gros tunnel. Ray attend que le monsieur se soit endormi et il se penche vers nous :

– Bon, c’est quoi l’histoire avec les avis ?

Boubou hésite un peu. Je pose ma patoune sur sa main pour le réconforter. Ça marche très bien parce que je suis exceptionnel.

– Je suis un avis, avoue Boubou.

Ray le regarde toujours avec son air imperturbable. Ça devait pas être hyper impressionnant ce que raconte Boubou parce qu’il aurait dit qu’il se lave toujours les dents le matin avec du dentifrice ça aurait été pareil. Après, il en faut beaucoup pour impressionner Ray.

– Je suis né malformé. Je n’ai jamais pu me transformer. Et c’est très important de pouvoir se transformer. Ça permet aussi de confirmer son ascendance, et mon père en est même venu à douter de mon sang. Tout ça c’était très important pour mon père. J’étais son premier fils, j’aurais dû hériter du duché. Il a fait venir beaucoup de médecins en secret, des alchimistes, des mages… Et quand j’ai fini ma puberté et qu’il était sûr que jamais je ne me transformerais en hibou, il a ordonné mon assassinat pour que mon cadet prenne ma place. J’ai échappé de peu à la mort et je me suis enfui. Aujourd’hui, mon père doit me croire mort, mais si jamais il me retrouvait, il terminerait le travail…

Ray a toujours l’air très sérieux. Moi je suis choqué. Boubou est une princesse ! Et son daron trop méchant a essayé de le tuer parce qu’il ne cochait pas toutes les cases de sa liste !! Alors que Barbie a dit que le plus important, c’est qui on était à l’intérieur, comme dans Barbie Fairytopia !!! Manifestement, le père de Boubou n’a jamais regardé le film. J’en déduis que sa culture cinématographique est très mauvaise.

– Et ils sont au courant ? demande Ray.

– Je pense, je ne suis pas le seul avis raté qu’ils ont recruté, dit Boubou.

– Dis pas que t’es raté, marmonne Ray en se redressant.

Bah oui, dis pas que t’es raté, Boubou. C’est ton daron qui est raté. Je hoche vigoureusement la tête pour soutenir les propos de Ray. C’est pas souvent qu’on est d’accord, mais là il a grave raison.

– Chez les avis, on n’aime pas trop les malformés, ceux qui ne peuvent pas se transformer, ceux qui sont coincés sous forme d’oiseau ou ceux qui ont une transformation partielle permanente.

– Ouais, chez les avis on est coincés du cul surtout, dit Ray.

Boubou plaque ses mains contre mes oreilles, mais c’est trop tard, j’ai déjà tout entendu.

– Ray, siffle Boubou avec un ton de reproche. D’habitude tu te retiens quand il y a de jeunes oreilles !

– Non, d’habitude je me retiens d’informer les jeunes oreilles de la situation. Mon objectif n’est pas de lui épargner mon vocabulaire.

La dispute s’arrête à cause du contrôleur qui passe et qui demande à Ray d’enlever ses lunettes de soleil. Ray attend que le contrôleur s’en aille pour remettre ses lunettes. C’est tellement un rebelle. D’ailleurs le rebelle s’étale de la crème solaire sur le visage alors qu’on est toujours dans le tunnel. Il doit avoir peur de choper un coup de soleil avec la lumière LED.

Le wagon ressemble à un wagon SNCF, mais c’est pas vraiment un wagon SNCF. Il y a des fauteuils et des petites tables accrochées aux fauteuils comme à la SNCF, mais ce ne sont pas exactement les mêmes fauteuils et les mêmes tables qu’à la SNCF. Les animaux ont chacun un siège réservé et un chimpanzé est assis derrière Ray. Il attrape le chapeau du monsieur à côté de nous qui se bat avec lui pour le récupérer.

Boubou et Ray étudient la carte pendant ce temps. Je sais pas comment ils font pour se concentrer. Le chimpanzé a pris une autre cible et jette des stylos sur un gros chien un peu plus loin. Il aboie tellement fort que le gars qui l’accompagne a sorti les bouchons d’oreille. Un des voyageurs arrache le cuir gris de son fauteuil. Il le découpe délicatement en petits triangles. Quelqu’un d’autre mange un sandwich qui pue le cornichon, et l’odeur est à peine aspirée par la ventilation. Ça c’est parce que le voyageur qui arrache le cuir du fauteuil met les petits bouts dans la sortie de la clim. Le contrôleur repasse et il redemande à Ray d’enlever ses lunettes de soleil. Ray fait un signe bizarre avec sa main. Peut-être ça veut dire « cause toujours » en langue des signes.

Au milieu de tout ce bazar, Ray et Boubou travaillent toujours. Boubou est très fort pour lire la carte. Apparemment, il est giga fort en langues étrangères. C’est grâce à son éducation de princesse, ça. Il parle même la langue locale du bled où on va.

Une grosse chenille avec un pull en laine vient vers nous et nous tend une espèce de journal. Ray marmonne dans sa barbe « pas intéressé », et la chenille a l’air dépitée. Alors du coup je lui donne un prospectus avec le PL-code pour l’Ordre, et je lui donne aussi un sticker qui brille dans le noir de moi. Ça a l’air de lui faire très plaisir. La chenille repart en prenant mon prospectus et en laissant derrière un journal. Boubou l’attrape :

– Ray ! C’est un journal local du château, ils cherchent des annonces à publier ! Il fallait l’écouter avant de le renvoyer ! Heureusement que Quokka est un très bon communicateur et qu’il lui a donné le prospectus de recrutement de l’Ordre ! s’exclame Boubou.

Ray hausse les épaules. Il doit être jaloux de mon talent de communicatateur.

J’ai un petit creux. J’attire l’attention de Ray et je lui montre mon bidou.

– T’as pas encore une baguette ou deux qui traînent dans ta poche ? il raille.

Évidemment que j’ai encore du pain dans ma poche. Mais moi je veux manger des chips. Et comme c’est écrit partout sur les murs, il y a un wagon bar. Je sais que c’est écrit ça parce qu’il y a des photos de bouffe avec.

– Bon, OK, soupire Ray.

– Je peux y aller avec lui, propose Boubou.

Ray a l’air d’envisager le truc, mais je pense qu’il s’imagine aussi que s’il nous laisse seuls deux minutes, on va se faire kidnapper. C’est vraiment un gros parano. Il se lève et il prend son sac avec lui.

– Je vous accompagne, dit Ray. De toute façon, on avait dit qu’on ferait toutes les notes de frais avec ma carte.

On se lève et on va vers le wagon bar. C’est pas facile parce que le train accélère et freine tout le temps. C’est vraiment très rapide ce train. C’est pour ça que c’est un STGV : Super Train à Grande Vitesse. Ray me laisse appuyer sur le bouton pour ouvrir la porte parce que j’aime bien appuyer sur les boutons, et on sort du wagon.

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2 commentaires

  1. Haha je comprends tellement Ray, hors de question de laisser le sac dans le compartiment ! Boubou n’a pas eu un passé facile, bichoune. Je ne sais pas si j’ai envie qu’il recroise sa famille et parvienne à surmonter son traumatisme ou s’il vaut mieux qu’il en reste le plus loin possible et s’efforce de les oublier…

  2. Lev

    Mdrrrr Quokka it’s happened again je suis en train d’écrire une pièce dans laquelle Lou est dans le train et cherche le wagon bar azddsdvbsdhjfbe

    Pièce très rigolote et touchante comme d’habitude je les aime TROP ces trois là !!!!! Surtout mon petit chouchou Ray mais aussi mon petit chouchou Boubou et bien sûr mon petit chouchou Quokka

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