Pièce n°2338
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
En compagnie de Ama'
Fait partie de la saga << < Le Cygne Gris
Après avoir suivi les instructions d’Achilde, j’entre dans le réfectoire. Il y a beaucoup de monde. Peut-être un petit millier de personnes attablées ou qui marchent dans les allées entre les tables. C’est très bruyant. Les bruits des conversations et des couverts semblent se réverbérer sur les murs très hauts de la pièce. Ça me donne un peu mal à la tête.
Il fait très chaud ici.
J’hésite un peu. Je ne vois pas Achilde. Devrais-je aller m’asseoir avec un groupe que je ne connais pas ? Je ne sais pas si ce serait malvenu. Après tout, il doit y avoir du passage, des gens qui viennent et qui quittent l’Ordre tout le temps. Les tables sont prévues pour une vingtaine de convives. Je prends le temps de regarder autour de moi, j’avance un peu entre les rangées. Je me sens un peu ridicule. Ama’ est anxieuse. Donc je suis anxieuse.
J’aimerais me dire que ce n’est pas grave, que personne ne me regarde, mais ce n’est pas vrai. La plupart des gens ne me voient pas, je suis comme invisible pour eux, mais quelques-uns me regardent. Les vampires de l’ascenseur sont là. D’autres aussi. Probablement le bras armé de l’Ordre qui était à ma poursuite avant. Ce n’est pas étonnant qu’ils me reconnaissent, si j’étais dans la liste des aventuriers plus recherchés.
Parmi les soldats, l’un d’eux me regarde comme si j’étais morte mais que je bougeais quand même. Il y a une pointe d’effroi dans son regard quand il me reconnait, ou peut-être du soulagement ? Il se lève précipitamment.
– Eh, Glaciem !
Je me retourne. Ce n’était pas moi qu’il regardait. Derrière-moi, à l’autre bout de la salle, Lord Glaciem échange avec quelqu’un qui a l’air haut gradé aussi. Il ne regardait pas en direction de l’homme qui a crié, mais il fait une sorte de petit geste de la main et aussitôt deux soldats viennent plaquer l’homme contre la table, puis l’emmènent avec eux. Le Général n’a pas dû apprécier sa familiarité. Je ne crois pas qu’il m’ait remarquée. Je suis une travailleuse comme les autres, maintenant. Une part de moi espère qu’il m’a oubliée.
Les conversations se sont à peine tues, comme si la violence était banale ici. Elles reprennent de plus belle. J’ai du mal à calmer mon cœur. Une main se pose sur mon épaule. Enfin, elle allait se poser sur mon épaule, mais je l’ai sentie arriver au dernier moment. Je me retiens de l’attraper. Ce n’est pas le moment de causer un esclandre. Mais je l’évite quand même et me retourne brusquement. Achilde esquisse un mouvement de recul. On peut voir de la vapeur dans l’air quand il parle.
– Pardon, je ne voulais pas te faire peur. On est là-bas, si tu veux, dit-il.
Je me sens soulagée de le voir. Il nous guide jusqu’à une table où une dizaine de personnes sont assises. Achilde fait les présentations, mais tout va tellement vite que j’ai à peine eu le temps de retenir qui était qui. Il y a Odinan et Philodas ; l’un roux, l’autre blond, tous deux très jeunes, je ne pense pas qu’ils aient plus de quinze ans. Uzée, Lanéa et Karia, les deux premières sont jeunes aussi, la dernière doit être dans la soixantaine. Les autres, je ne m’en souviens plus.
Sur la table, il y a de grands plats avec ce qui semble être du porridge, du riz et du ragout. J’imite les autres et me sers un bol de riz. Lanéa pousse les sauces vers moi.
– Celle-là pique un peu, mais c’est bon.
Je lui fais confiance et m’en sers un peu. Elle me regarde manger avec curiosité. Je sens qu’elle a envie de me poser beaucoup de questions, mais qu’elle attend que j’aie fini de manger. Elle penche la tête sur le côté. Elle a de très beaux yeux marrons. Ses cils sont très longs et lui donnent un regard très profond. Ses cheveux sont torsadés et retenus dans un chignon romantique. Ils sont blonds, mais ont des reflets roses. Je ne peux m’empêcher de les comparer avec les miens. Batia avait pris l’habitude de les coiffer en utilisant des techniques compliquées, mais je suis incapable de les reproduire. Je peux les tresser en revanche. C’est le choix que j’ai fait aujourd’hui, c’était le plus prudent. Je vois dans le regard de Lanéa qu’elle a tout le potentiel de devenir une Batia bis : mes cheveux semblent beaucoup la tenter.
– Achilde m’a dit que tu allais suivre des cours de castellain, dit-elle quand j’ai fini mon bol.
Je hoche la tête. L’homme à ma droite (j’ai oublié son nom) m’offre une tasse de café. Je n’ose pas refuser. Le goût me répugne mais je me force à le boire. Je sens toujours le regard des soldats dans mon dos.
– On pourra y aller ensemble ! s’écrit Lanéa.
– Toujours cet enthousiasme excessif, râle Achilde. Tu penseras à émarger quand tu iras, au passage. Ton prof est encore venu me prendre la tête parce qu’il te pensait absente.
– Il n’a pas une très bonne mémoire des visages, sourit Lanéa.
– Ou alors tu n’es jamais en cours… ? avance Ordinan.
Enfin, je crois qu’il s’appelle Ordinan. Lanéa lance quelque chose qui ressemble à une insulte, et le sourire du gamin s’étend davantage. J’ai du mal à suivre la conversation. Une part de moi est anxieuse, j’ai peur de l’après, de ce qu’il y aura après cet instant de grâce où chacun mange sans se soucier de moi. Je suis aussi très émue. C’est étrange que personne n’aie peur de moi, que personne dans cette équipe ne s’inquiète de ce que j’étais avant. J’ai l’impression que c’est en partie grâce au médicament qui masque mes yeux jaunes, mais je pense que c’est aussi grâce à tous mes efforts pour lisser mon apparence, atténuer l’horreur que je suis et dont je suis capable.
Achilde se lève, et avec lui tout le monde suit. Je fais comme les autres et dépose mon bol et mes couverts dans les grands bacs près de la sortie. Lanéa me fait un grand sourire. Elle a vraiment de très beaux yeux.
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Bruh. C’est peut-être que moi mais ça me rend telleeeeeement dingue de voir Ifa si conciliante. Je suis content qu’elle s’intègre et en vrai les gens autour d’elle ont l’air sympa. Mais ça me fait de la peine qu’elle masque ainsi qui elle est vraiment.