Pièce n°2635
Écrite par Didou
Pièce du Casteltober 2026 - Jour 29 : Radis
Une vive lueur. Des taches roses et blanches. La tenue d’infirmiers ? Je cligne des paupières, m’efforce de reprendre mes esprits. Et balaie par là même mes espoirs d’hôpital. Je suis allongé dans un champ de radis. Un terrible mal de crâne m’assaille lorsque j’essaie de me redresser et je retombe avec un soupir. Mon corps est perclus de douleur, de courbatures. Celles-ci se font plus douloureuses encore lorsque Cracotte bondit sur ma poitrine.
— T’es enfin réveillé, Partenaire.
Son haleine empeste le radis. Il tient l’un d’eux encore à moitié croqué dans sa patte et m’observe avec un large sourire.
— Tu vas être fier de moi ! J’ai fini l’enquête pendant que tu dormais. En fait, t’avais rien compris du tout.
— Plait-il ?
Mon être entier peut bien hurler de douleur, je ne laisserai pas un lapin mettre en doute mes qualités de détective. Ma hargne retrouvée, j’écarte Cracotte et parviens à m’asseoir.
— J’avais raison depuis le début ! continue mon compagnon. La citrouille, c’était bien un espion. Salomon aussi. Et notre client, c’était un méchant. Hein que je t’avais dit qu’il était méchant ?
— Par pitié, pas un mot de plus.
Je passe une main sur mon front, tente de démêler ces propos confus et de les passer au filtre de la vérité. Chose impossible avec Cracotte qui continue son monologue.
— La citrouille qui parle, c’est vraiment une citrouille. Pas du tout un papa. Elle a pris la place d’une vraie citrouille, enfin d’une citrouille qui parle pas. Pour espionner notre client. Sauf que lui, il y tenait à sa citrouille alors il s’en est rendu compte. Et là, boum !
Cracotte crie si fort qu’il me fait sursauter.
— Mon brave, voulez-vous bien…
— Il a voulu la brûler. La citrouille qui parle s’est enfuie et c’est là que notre client nous a appelés à la rescousse pour la retrouver. On a super bien réussi là-dedans mais on pouvait pas savoir qu’on aidait un méchant, hein ?
— Il suffit ! Ce que vous affirmez, mon brave, n’a pas le moindre sens.
Avisant ma canne sur le sol, je m’en empare et, après un premier essai manqué, me mets enfin debout.
— Que faites-vous du vampire ? Que faites-vous du portrait à la ferme ? Du carnet de cuir ? Que faites-vous des éclats argentés brillant dans les yeux de votre soi-disant citrouille espion ? Hum ?
— Le hasard ? répond Cracotte avec hésitation. Tout ça, c’était organisé par le méchant pour nous piéger.
— Il n’y a jamais de hasard, le corrigé-je. Et puisqu’il est acquis que j’ai raison, dites-moi plutôt. Que s’est-il passé après ma perte de connaissance ? Et où sommes-nous ?
— Ils se sont battus vraiment fort, tous les trois. Salomon, la citrouille et notre client. C’est les gentils qui ont gagné. Alors après, moi, j’ai fini l’enquête.
— Vous n’avez pas…
Je m’arrête en plein élan. Lentement, je baisse les yeux vers Cracotte. Celui-ci me rend mon regard, la tête inclinée. Il avale une dernière bouchée de son radis puis ramasse l’Aloe vera à ses pattes et le serre contre sa poitrine. Je resserre ma poigne sur ma canne. Lisse mes moustaches de réflexion.
— Vous avez raison, je souffle finalement. Entièrement et complètement raison.
Il me faut quelques secondes supplémentaires pour rassembler davantage de courage. Cracotte en profite pour pousser un cri de joie.
— Mon brave, je continue, vous… vous avez mené cette affaire d’une patte de maitre. Avec élégance et intelligence. Exactement comme le ferait un gentleman. Exactement comme…
Oh que mentir est difficile. Cracotte a tort. La vérité se cache dans mes déductions. Certainement pas dans les siennes. Toutefois… je maugrée. Toutefois, je devine combien réussir lui ferait du bien. Je force un sourire sur mes lèvres et regrette déjà ma décision lorsque Cracotte se jette sur moi.
— Vous avez mené cette affaire exactement comme le ferait un Détective.
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