Pièce n°2561
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre
En compagnie de Cracotte
Pièce du Casteltober 2026 - Jour 9 : Ventricule
— Elles sont belles mes citrouilles, elles sont dodues mes citrouilles, demandez mes citrouilles !
Je me plie en deux tandis que le monde cesse de tourner et seule une volonté inflexible m’empêche de rendre le contenu de mon estomac. On est gentleman ou on ne l’est pas.
Lentement, très lentement, je me redresse puis jette un regard autour de moi. L’épouvantail nous a téléportés dans un marché ouvert où s’agglutine devant des dizaines d’étals une foule compacte. Les citrouilles sont présentes de partout. Des rondes, des ovales, des sculptées, des lisses, des jaunes, des vertes, des bleues, des oranges, en purée, en tranches, en entières.
— C’est quoi cet endroit, Partenaire ?
Cracotte bondit sur mon épaule, une habitude que je compte bien lui faire passer mais que la masse grouillante autour de nous me contraint d’accepter.
— Votre manque de perspicacité m’étonnera toujours, mon brave. On peut supposer sans mal qu’il s’agit d’un marché de la citrouille. Notre producteur ne doit pas être loin.
L’enquête semble toutefois être la dernière inquiétude de mon compagnon puisqu’il observe à son tour les lieux et frémit de plaisir.
— Tu imagines si on faisait la même chose pour les bonbons ? On pourra peut-être chercher le marché des bonbons après ça ? Hein, dis ?
Je me garde de répondre. Au lieu de quoi, je me sers de ma canne pour me frayer un chemin, n’hésitant pas à l’écraser sur ceux trop lents à s’écarter. Enfin, nous arrivons dans un espace plus tranquille où je chasse Cracotte d’un geste de la main.
— Savez-vous qu’il n’y a rien de moins élégant que des poils sur un vêtement ? je lui demande en brossant mon manteau.
— Mais c’était pour nous tenir chauds.
Je dois lui reconnaitre ce point. Son absence, couplée au froid qui règne dans le marché, m’arrache un frisson.
— Si vous cherchez de quoi vous réchauffer, je peux vous offrir des couvertures.
Une quinte de toux ponctue cette proposition et avant même de me retourner, je sais que je vais la refuser.
— Voilà qui est très aimable à vous, mon cher. Mais cela ne sera pas nécessaire.
— Sûrs ? demande l’autre tandis que je lui fais face. Elles ne me servent plus à rien.
Il désigne l’étal vide devant lui puis hausse les épaules.
— Elles protégeaient…
Une toux grasse le coupe de nouveau et je recule d’un pas prudent en masquant mon nez derrière le col de mon manteau.
— C’est pas contagieux, me rassure l’autre. Juste un ventricule un peu faible. Je disais que mes couvertures protégeaient mes plantes avant. J’étais le seul à en vendre de tout le coin, jamais trop compris la fixette sur les citrouilles des gens d’ici. Mais elles sont toutes parties.
Un pli barre son front, rapidement chassé par un sourire. Cracotte, lui, s’est figé, ses oreilles repliées sur le sommet de son crâne. Un tremblement agite sa fourrure. Avec un soupir de résignation, je tends la main vers le marchand qui y dépose une couverture étonnamment propre.
— Bah elles reviendront, poursuit mon interlocuteur tandis que j’enroule Cracotte dans la couverture et, mon manteau désormais protégé, le prend dans mes bras. Les plantes, c’est comme les chats. Elles peuvent s’enfuir mais si elles se sentent bien chez vous, elles finissent toujours par revenir.
— Hum, merci pour cette sage pensée. Si je puis me permettre d’abuser encore un peu de votre générosité : nous apprécierions si vous pouviez nous conduire jusqu’à ce stand.
Je lui montre alors la carte de Sith’Trouille et il n’hésite pas un seul instant.
— Lui ? C’est pas un stand qu’il a, plutôt un commerce. Vous voyez le bâtiment avec le satellite sur le toit. Vous le trouverez là-bas.
— Merci, mon brave, je réponds avant de m’y diriger, Cracotte toujours dans mes bras.
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