Pièce n°2111
Écrite par Najcha
Explorée par Ange Santrouille
Fait partie de la saga << < Les enquêtes d'Ange Santrouille > >>
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 25 : rival-e
Chapitre 2 : ENQUÊTE DE TERRAIN
Clic, fait, métalliquement, le cran de mon dictaphone.
« Détective Ange Santrouille, peut-être en décembre, début de journée. L’horodatage de mes rapports faiblit depuis mon entrée dans le Château, où personne ne s’accorde sur un même système calendaire. Pièce sans paillasson, mur gris hérissés de crépi à l’esthétique douteuse, chaises inconfortables. Je n’ai pas vu de lieu aussi triste depuis la fin de mes études de criminologie à l’Université Publique de Lyuza 17. »
– Ah, enquêtrice, vous voilà !
Je pivote pour faire face à cette interlocutrice qui semble me connaître.
— Je vous attendais. Installez-vous, vous êtes en retard.
Je ne comprends pas pourquoi, dans ce Château, tout le monde m’attend toujours alors que je suis incapable de savoir où je vais mettre les pieds dans plus de trois minutes. Enfin.
Je m’approche du bureau de mon hôte, ou du moins ce qu’il en reste : une telle masse de documents s’amoncelle que l’un des pieds a cédé sous la charge, les montagnes de feuilles n’évitant plus le glissement de terrain que grâce à quelques dictionnaires placés avec astuce.
Entre deux sommets, je repère enfin mon hôte : une dracène de petite taille – au regard des autres membres de son espèce – qui, dominant des sommets à la dérive, brûle tour-à-tour ce que j’imagine être la conclusion de quelques documents erronés.
– Madame.
– Vous pouvez vous asseoir. Nous n’avons pas de temps à perdre. Votre vacation commence aujourd’hui, or vous étiez censée rendre votre rapport il y a déjà deux semaines.
Une goutte de sueur perle le long de mon cou.
– Pourrais-je vous demander de quel genre de rapport il est question… ?
– Méthodologie classique, entretiens semi-directifs, échantillon varié, sélection aléatoire, je ne vais pas vous apprendre notre métier.
– Je crois qu’il y a erreur, toussoté-je en repérant d’un coup d’œil les sorties à ma disposition. Je suis détective, Madame, et non chercheuse. Je traite plutôt de disparitions… d’objets perdus… à la limite, de l’oubli de votre mot de passe s’il y a urgence avec votre compte BAF…
La dracène balaie mon objection d’un jet de fumée.
– Vous enquêtez, avec indépendance, et c’est suffisamment rare ici pour être remarqué. Mais entrons dans le vif du sujet : détective, d’après vous, pourquoi la violence et la torture sont-elles si répandues dans le Château ?
– Eh bien, j’imagine que les règles de ces lieux, qui contraignent nos déplacements et nous privent de notre liberté, favorisent l’exercice du sadisme du Château, nous laissant à sa merci…
– Votre hypothèse est donc celle de la jouissance d’un individu grâce à la violence ? fait-elle, les naseaux sifflants.
– Cela me semble élémentaire. La cruauté du Château n’est plus à prouver.
– Méfiez-vous des évidences, détective, s’exclame-t-elle en m’enfumant de vapeurs de volaille brûlée, je vous pensais plus alerte. D’où sortez-vous de pareilles idées reçues ?
Je soupire.
– De mon chapeau, Madame. De mon chapeau…
Je me sens lasse, soudain. Mon estomac ne serait pas aussi vide que ma bourse, mon interlocutrice ne ferait pas aussi ostensiblement montre de ses capacités pyrotechniques, j’aurais tiré ma révérence depuis déjà quatre questions. Chaque minute de plus à contempler ce bureau vétuste me rappelle combien je vais être (peu) payée.
La chercheuse souffle l’une de ses montagnes de papiers, qui chutent autour de nous à la façon une pluie de feuilles en automne. Joli rappel à l’ordre.
– Tel est votre sujet, détective. Rapport sur l’omniprésence de la violence et de la torture dans le Château, à rendre pour il y a deux semaines. Votre étude doit être em-pi-rique. Allez sur le terrain, interrogez les habitant-es, documentez votre enquête. Oui, avec votre gadget à la noix, là – un calepin aurait tout aussi bien fait l’affaire, mais je ne vais pas épiloguer sur les jeunes d’aujourd’hui, ricane-t-elle en se levant.
Elle contourne son bureau de façon à s’approcher de moi ; malgré sa petite taille, chacun de ses pas sur le lino fait trembler les murs et lance une nouvelle averse de feuillets. Inquiète de cette approche, je pose ma main sur ma ceinture, me redresse et recule d’un pas. Mais elle s’éloigne déjà – comme satisfaite de sa feinte… pour embraser négligemment le mur qui se trouve à ma droite.
Écarquillant les yeux, j’observe les flammèches lécher le crépi et se structurer en une arche de taille moyenne, qui brûle quelques instants avant de s’éteindre. Le feu n’a agi que quelques instants, pourtant, tout un pan du mur a disparu, remplacé par un écran de ténèbres. Une porte.
– Vous rencontrerez votre premier sujet d’étude ici. Ne perdez pas de temps.
Réticente, je tâte cette surface obscure, mouvante. Contrairement à mes craintes, je ne ressens ni douleur, ni brûlure. Je sais que le bureau ne comporte aucune autre issue. Je prends une longue inspiration, m’apprête à traverser la porte…
– Attendez un instant. Vous ne m’avez pas dit ce que cette mission me rapporterait.
Le museau de la dracène s’élargit d’un sourire qui dévoile une large rangée de canines.
– La publication gratuite de vos résultats dans toutes les gazettes du Château et mon éternelle reconnaissance, bien entendu.
Je sens son souffle me pousser vers la sortie.
– Cette fois, c’est parti ! Ne faites pas attendre un rival…
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Oooooh le retour d’Ange Santrouille ! C’est trop bien ! J’étais trop content en lisant le petit clic du dictaphone au début. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé la première partie, surtout le passage où Ange se plaint que tout le monde l’attende alors qu’elle-même est incapable de savoir où elle va mettre les pieds XD
Pas très sympa la dracène. Le moment où elle brûle le mur et fait apparaitre une porte était juste magique XD
Hâte de voir où cette étude de terrain va mener Ange !
Eheh ravie que son public l’attende !
Pour la sortie d’Ange Santrouille, au départ j’avais prévu que la dracène lui dévoile une porte derrière un rideau, et puis… je crois que c’est parti en cacahuètes. Oups. En même temps, y a peu de tentures, sur les murs de crépi.
Ca devrait être une enquête relativement courte, cinq à six pièces, maintenant à moi de moi motiver pour les écrire !