Pièce n°2165
Écrite par Zigzag
La porte massive, encadrée par une voûte ovale, devait me mener à une salle traditionnelle de Château, et je commençai par en entendre le fond sonore : un air de flûte, diffusé par une radio et interrompu par une publicité du Château, qui me rappela que je n’étais plus assuré.e faute de démarche. Pourtant, je me faufile, je vais à tâtons et il m’arrive de courir, ma démarche est bien plus mouvementé qu’un non-Castelnaute (mais je ne devais pas penser à l’extérieur !)alors pourquoi n’est-ce pas suffisant ? M’assurant que la porte était bien fermée pour éviter les courants d’air (l’achat de comprimé anti-rhume ne me serait pas remboursé), c’est de mauvaise humeur que j’observai la pièce.
En dessous de poutres en bois, au dessus de dalles hexagonales en terre cuite, entre des murs d’un blanc cassé, rose peut-être, se tenaient des rayons de magasin. D’un coup, je compris (par mon intelligence et une affiche) : j’étais dans un supermarché de chaussures. Je devais renseigner ma pointure sur un tableau de bord, j’avais le droit de déposer mes bottes usagées pour la maudite somme de… non, à ce prix, autant les garder, même à la main, et déambuler pieds nus autour des rayons, où toutes les chaussures à ma taille clignotaient en vert. Bien sûr, il fallait que l’un des clignotants, mal réglé, émette ce vert d’une rapidité à en décorer les œufs (je sais, ce n’est pas l’expression adéquate).
Pas d’employés, pas aux rayons ni aux caisses (automatiques), rien que des chaussures, des souliers ternes et uniformes et je vis qu’en dépit de cette mise en scène de supermarché, de nombre de paires, je n’avais quasiment pas de choix à opérer. Je pris de petits souliers noirs, abandon des bottes à regret …certes, il paraît qu’ailleurs le « bruit de botte » connote des choses peu joyeuses, et c’était peut être ce qui m’avait décidé à changer (ça et le resserrement étrange de mes grolles-émeraude devenues usées).
Je passai à la caisse automatique, scannai l’article, une fois, deux fois, non ne veut pas être scanné, ah si c’est bon, mis les nouveaux souliers, sortis d’un pas élancé, et dans l’agacement fonçai : une alarme et, première personne que je vis dans le supermarché, comme un blob à tentacules, me hurla : « rendez ce que vous avez pris, voleuse ! » or je n’avais précisément rien pris, et il me fouilla six tentacules, oui que six, à la fois. Le vigile, car telle était sa fonction, reçut un appel à l’oreillette et me dit : « l’alarme est défaillante. Vous avez rien volé, allez y. » Air interdit. « c’est bon. » Air autorisé, je sortis.
En vraiii, des souliers ça doit être plus pratique que des bottes dans le Château, faut sans cesse fuir ^^
Il fallait demander un geste commercial pour l’accusation de voleuse non fondée !