Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA JUNGLE LUXURIANTE
LA JUNGLE LUXURIANTE

LA JUNGLE LUXURIANTE

Pièce n°2183
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 Les troncs sont énormes. Au rebord de ma poche, le lutin écarte les bras, évaluant sans doute combien de ses semblables il faudrait pour en enserrer un. Beaucoup. Les lianes le font quant à elles sans se poser de question, s’enroulant autour des arbres et toute la végétation qui pousse entre, verte et dense. Aucun chemin ne se découpe nulle part, celui menant autrefois à la pyramide avalé sous la mousse et les fougères. 
 — Par où on part ?
 Bruit de grelot. Le petit bras du lutin pointé dans une direction – tout droit ! – au hasard. Je souris, cale la boîte à musique soigneusement emballée sous mon bras et me mets en marche.

 La progression est rendue laborieuse par la végétation. Elle s’enchevêtre, se noue, s’accroche à mes cheveux, à mes vêtements pour me ralentir et m’empêcher d’avancer. Pour la énième fois, je vérifie que le lutin n’est pas tombé, bien à l’abri dans ma poche. Un bruit, un craquement tout proche, me fait sursauter. Il y en a partout, tout le temps, depuis que j’ai décidé de m’enfoncer dans la jungle. Le bruissement des feuilles, le craquement des branches, le chant des oiseaux, les cris d’animaux que je ne connais pas et les murmures. Je suis certain d’avoir entendu le feulement d’un guépard tout à l’heure, sans n’avoir rien vu. Le danger rôde mais ne se montre pas. Je ne suis même pas certain qu’il y ait réellement le moindre danger. Peut-être seulement l’idée que je m’en fais. 

 Écartant les feuilles découpées d’une immense fougère, je découvre un espace un peu plus large que le reste, un trou entre deux énormes racines dans la surabondance omniprésente. Un creux tapissé de mousse assez large pour que je m’y blottisse confortablement, les jambes lasses, après avoir vérifié que rien de venimeux ne s’y cachait. Je reste néanmoins sur le qui-vive, l’oreille à l’affût et le regard scrutant sans cesse autour de nous. Enfin, j’essaie. Mes yeux papillonnent, la fatigue pèse sur moi et m’enfonce un peu plus dans la mousse. Je me sens céder, malgré moi, plus assez éveillé pour réellement lutter. Depuis combien de temps je marche ? N’ai-je pas mérité une pause ? Mais la dernière fois que je me suis assoupi… Quelque chose sous moi, dans le coussin végétal légèrement humide, me rentre dans les côtes et m’empêche de totalement m’endormir.
 — Qu’est-ce que… ?
 Écrasant un bâillement, je retire un coquillage d’un creux du sol. Une coque concave d’un blanc nacré, délicatement ciselée, avec des symboles rouges incrustés sur l’extérieur. 
 — Curieux…
Un coquillage, si loin de la mer ? Il est autant perdu que nous… Les murmures autour deviennent plus forts, plus pressants. Je passe mon pouce sur les symboles – presque des écritures que je ne sais lire. Leur ocre vire au bleu, lumineux. Je dois déjà être en train de rêver. Lumière qui remonte le long de mes doigts, le long de mon bras, se propage au reste de mon corps. Le grelot affolé du lutin tinte à mes oreilles soudain bourdonnantes. Et puis je… je…

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