Pièce n°2380
Écrite par Didou
« Ici ! »
Je pousse la porte sur ma gauche, mû par mon instinct. Impossible de savoir si celui-ci m’a trompé. Un premier regard laisse penser que oui.
Je suis dans une pièce à la configuration étrange, sorte de carrefour duquel partent cinq couloirs. L’urgence ne me permet pas d’étudier lequel est le moins dangereux. Craignant à tout instant d’entendre la porte derrière moi s’ouvrir à nouveau, je me précipite dans celui de gauche. Mais à peine y ai-je fait vingt pas qu’un épais mur de pierre me bloque le passage et m’oblige à faire demi-tour.
Mon cœur bat à toute allure. La fatigue, l’absence de luminosité, me font imaginer des centaines d’ennemis parmi les ombres de la salle. Le sang qui bat à mes tempes amplifie cette sensation et me donne l’impression d’être poursuivi, d’être entouré de menaces. Est-ce à cause de cela que le centre de la pièce me parait plus petit qu’à mon entrée ?
J’attrape la plaque rectangulaire à mon cou pour me rassurer, murmure une prière puis fonce vers le couloir du haut. Mais une fois encore, mon instinct me trahit.
Un autre mur m’arrête net. Pire encore, je suis désormais certain d’avoir entendu la porte de la salle s’ouvrir. Je retiens un cri de terreur et me recroqueville sur moi-même. Une, deux terribles minutes s’écoulent.
Une éternité.
Une éternité qui éloigne les pas de mon poursuivant. Il me faut quelques instants de plus pour comprendre. L’autre a emprunté le couloir du bas. Je me redresse d’un bond et me précipite vers le carrefour, confirmant par là-même mes doutes.
La pièce rétrécit. Tant que mes vingt pas n’en sont plus que six. Tant, que les cinq couloirs paraissent s’être rejoints. Je n’ai toutefois pas le temps de m’interroger sur le phénomène. Je file dans le couloir de droite. Une chance sur deux.
« Faites que ce soit la bonne. Faites que tous ne mènent pas à une impasse ». Vœu pieux. Deux pas et un mur me fait face. Je pousse un cri de terreur, fais aussitôt volte-face et me retrouve au centre du carrefour.
Mon poursuivant est là, lui aussi.
Le dernier couloir, celui qui aurait pu me sauver, n’existe plus. Un mur de briques l’a remplacé, tout comme les quatre autres. Plus aucune issue. Nous sommes coincés. J’agrippe de toutes mes forces mon pendentif. L’autre sourit.
La pièce entière se met alors à trembler. Elle vibre, vibre encore. Rétrécit. Aussi apeurée que moi, elle se recroqueville sur elle-même.
Les murs se rapprochent. Un souffle de plus et nous nous retrouvons collés, mon poursuivant et moi. Il ne sourit plus. Il a compris. Je ne pourrais jamais m’enfuir mais lui non plus. Les données sur ma plaque n’iront jamais aux mains de l’Ordre. Il ne sourit plus. Moi, j’explose de rire. La salle continuera de rétrécir jusqu’à imploser. Je ne pouvais pas rêver mieux. J’ai un nouvel éclat de rire. Juste avant d’être broyé.
Je viens de lire ta pièce suite à ton commentaire, je la trouve vraiment super ! J’aime beaucoup les descriptions de course effrénée, de peur, de panique, je les trouve très réalistes !
C’est vrai qu’on a choisi le même mode de disparition 🙂 ! J’avais d’autres idées mais je n’ai pas réussi à leur donner vie, en tout cas j’ai bien aimé l’énoncé de cette semaine !