Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
ESCALIERS E56-98° VERS LE RÉSEAU DES TUYAUX
ESCALIERS E56-98° VERS LE RÉSEAU DES TUYAUX

ESCALIERS E56-98° VERS LE RÉSEAU DES TUYAUX

Pièce n°2449
Écrite par Sol'stice
Explorée par Muiri

 — Non, c’était bien le bon formulaire je te dis. Je l’ai envoyé dans les temps, j’ai vérifié. Et t’as reçu un courrier pour dire qu’on n’est pas à jour ?
 — Oui je l’ai trouvé tout à l’heure dans la boîte aux lettres, avec le logo de l’Ordre.
 — T’es sûre que c’est pas une arnaque ? Y’a des p’tits malins qui s’amusent à se faire passer pour eux et…
 — Oui je sais, mais non. C’est bien eux.
 — Et merde…
 Je jure, autant pour le bordel administratif que pour les papiers qui m’échappent et se dispersent sur la volée de marches en dessous de moi. Le téléphone calé entre l’oreille et l’épaule, je me penche pour les ramasser.
 — Muiri ? Tout va bien ?
 — Oui, oui… Mais ils font chier aussi ! On n’est pas affiliés chez eux et ils font quand même chier avec des démarches à la con !
 — Shhh ! Pas si fort ! S’ils t’entendent…
 — Je sais, pardon chérie.
 Je passe une main fatiguée sur mon visage. Le dos contre le mur, je prends le temps de ranger correctement les documents protocolaires de l’intervention dont je sors tout juste. Intervention qui s’est extrêmement mal passée et donc le compte rendu protocolaire obligatoire promet d’être une purge. Dans une habitude naissante, je tapote au passage les feuilles de la plante désormais indiscernable du tissu de mon sac et de ma manche. Je me suis même habitué à son poids dans mon dos, où elle rampe jusqu’à l’épaule opposée. Je la laisse s’installer comme elle veut depuis que j’ai découvert qu’elle était plus résistante aux fuites d’acide que ma capuche, fléaux du réseau des tuyaux. Après une profonde inspiration, je reprends mon portable correctement et la conversation.
 — Promis je suis prudent. C’est juste que… 
Juste que toutes leurs démarches font tout pour étouffer ceux qui refusent de travailler pour eux jusqu’à ce qu’ils n’aient plus le choix, construisant leur monopole et détruisant au passage les petits indépendants comme notre entreprise, avec Lagio.
 — Je sais.
 Je sens son ton désolé tandis que je me plaque plus au mur pour laisser passer un petit groupe qui remonte les escaliers, leur adressant un signe de tête de politesse. Malgré la fatigue, j’essaie de me concentrer sur l’essentiel.
 — Tu as toutes les infos qu’il faut ?
 — Oui, je les ai notées la dernière fois. J’ai même celles de Lagio.
 — Tant mieux, j’arrive pas à le joindre en ce moment, il doit être dans une zone avec un autre opérateur…
 — … vos estomacs aussi bien que votre vaisselle !
— Muiri ? C’était quoi ça ?
 — Hum, quoi ? Oh, ça ? C’est rien, c’est mon coquillage, tu sais ? Il a fait ça toute la semaine dernière, à raconter des trucs incompréhensibles, mais c’est en train de s’arrêter. C’est pour quand le formulaire de l’Ordre ?
 — Demain soir. Je m’en occupe tout de suite.
 — Merci beaucoup. Tiens moi au courant. Je t’aime.
 — Moi aussi je t’aime.
 Malgré toute mon exaspération, elle arrive à me faire raccrocher avec un sourire. Je regarde l’émoji de pêche disparaître de mon écran. Puis je soupire et reprends ma descente.

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2 commentaires

  1. Dur dur d’être indépendant. C’est chouette de voir comment l’Ordre use de tous les outils à sa disposition pour embêter même ceux qui sont neutres. J’espère que Lagio va bien ! Et OK il m’a fallu une explication pour le comprendre mais du coup le motif de pêche est rigolo XD

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