Pièce n°2482
Écrite par Didou
Rien. Le calme plat. Des heures que nous sommes immergés et la seule chose que j’ai eu à classifier est un énorme cachalot. Je m’ennuie. Sans vouloir invoquer le malheur sur nos têtes, je rêve d’un signal, un écho, n’importe quoi qui fasse vibrer mon oreille et me permette de sortir de ma torpeur. Autour de moi, les gars sont détendus. Eux aussi ont conscience de la tranquillité inhabituelle de notre mission. Certains en profitent pour faire un peu de sport, d’autres somnolent dans leurs couchages, d’autres encore ont lancé une partie de cartes. Seuls ceux mis en astreinte par le commandant sont encore à leur poste mais même là, la vigilance n’est plus de mise.
Je pousse un soupir. Ferme les yeux. Le silence de la mer me berce. Pour un peu, je me laisserais partir. Une infime vibration m’en empêche. Je me redresse soudain, les sens aux aguets. L’assistant à mes côtés a remarqué mon geste. Il se tourne vers le commandant qui comprend d’un regard.
— On a quelque chose, je murmure tandis que la vibration se répète. Ça se déplace vite. Je n’entends pas de pales. Ce… ce n’est pas un sous-marin mais…
Une perle de sueur se forme sur mon front. Je frotte mon pouce contre mes autres doigts. Le signal est étrange. Différent de tout ce que j’ai déjà entendu.
— Classification ?
Je secoue la tête à la question du commandant.
— Je… je ne sais pas.
— Je vous fais confiance, m’assure celui-ci en posant sa main sur mon épaule. Concentrez-vous, vous allez trouver.
— Oui, mon Commandant.
Je prends une longue inspiration. Ferme de nouveau les yeux. Autour de moi, je sens que ça s’agite. Les gars se relaient l’alerte. Le second demande à ceux au repos de se tenir prêts. J’augmente la réduction de mon casque à fond.
« Écoute. Écoute. »
— C’est grand. Plus que ça même. Immense. Aucun navire américain n’atteint cette taille. Aucun russe non plus. Ce… je crois que c’est vivant, Commandant mais…
« Mais c’est impossible. »
Pas alors que les données m’indiquent une envergure plus imposante que celle d’une ville. Pas avec cette vitesse, pas alors que…
Je me fige. Vérifie une fois. Une seconde. Comme si le doute était permis.
— Commandant, ça… ça nous a repérés.
— Un chant du Loup ?
— Non, Commandant, ça n’a pas de sonar mais… ÇA FONCE DROIT SUR NOUS !!!
— Ici le Commandant, réagit aussitôt ce dernier en activant son talkie-walkie. Ordre de combat. Ordre de combat !
Une alarme rouge plonge le sous-marin dans l’urgence. De partout, ça se précipite. Les torpilles sont armées, les goupilles s’ouvrent. Mais la bataille est perdue d’avance. Un grondement. Un bruit reconnaissable, le même qu’une gueule de cachalot géant qui s’ouvre mais amplifié par cent, par mille, me parvient.
— IL EST SUR NOUS !!!
Puis le noir se fait.