Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE COMMERCE DE CITROUILLES
LE COMMERCE DE CITROUILLES

LE COMMERCE DE CITROUILLES

Pièce n°2565
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre
En compagnie de Cracotte

Pièce du Casteltober 2026 - Jour 10 : Épouvantail

Le commerce est désert. Je ne m’explique pas pourquoi : la chaleur qui y règne est des plus agréables après de longues heures passées dans le froid et une atmosphère conviviale, renforcée par l’odeur alléchante d’une soupe aux potirons, en émane.

Cracotte dans mes bras, j’avance lentement jusqu’au comptoir, jetant de nombreux regards autour de moi. Ici aussi les citrouilles sont présentes partout. À la manière de livres, elles siègent sur des étagères, dans des armoires et s’empilent parfois même en tas instables sur de petites tables de bois.

— Messieurs, bienvenue ! nous accueille un homme aux longues pattes et aux sourcils broussailleux tandis que nous nous présentons devant le comptoir. En quoi puis-je vous aider ?

J’attends que Cracotte prenne la parole, le secoue pour l’y encourager mais rien n’y fait.

— Nous avons trouvé ceci, je déclare alors en lui tendant sa carte.

— Ça alors, ça alors ! Quatrième épouvantail après lecture, lit-il. Une carte boussole. Regardez !

D’un revers de la main, il fait mine de chasser une poussière sur la carte. Celle-ci se trouble aussitôt et je peux voir les lettres qui y sont inscrites se réagencer pour former les mots Lever la tête après lecture.

— J’ai arrêté leur fabrication il y a des années, nous apprend le marchand. Cela me revenait trop cher en frais de magie. Je ne pensais pas en revoir une de mes yeux un jour.

— Elle était sur une scène de crime. À l’endroit exact où une citrouille a disparu.

— Disparu ?!

Mon information trouble le commerçant davantage que si je lui avais annoncé un meurtre. Il bougonne, observe de nouveau la carte puis se pince les lèvres.

— Voyez-vous, je me souviens de toutes les citrouilles que j’ai vendues. Voyons voir, quatrième épouvantail, quatrième épouvantail… Ah ! Le père Victor. Une citrouille orange des plus classiques. Non sculptée, trente-et-un centimètres de diamètre, six kilos et douze grammes. Forme ronde, striée. Une tache marron s’étalant sur une largeur d’un demi-pouce à son sommet. Et vendue… vendue il y a très exactement dix ans. Pour fêter la naissance de son fils. Vous me dites qu’il a été volé ? Quel malheur, mais quel malheur. Comment se porte-t-il ? Et son garçon ?

— Un instant, je souffle.

Les pièces s’assemblent à toute vitesse dans mon esprit tandis que j’assimile les révélations du marchand. Les neurones de Cracotte sont eux aussi à l’œuvre, plus rapides cependant bien moins pertinents que les miens.

— C’était juste ça, Partenaire ? Si ça fait dix ans, la citrouille a pas disparu. Elle a juste pourri ou…

— Pourri ? Ma citrouille ?!

L’insulte se lit dans les yeux du commerçant. Je n’ai toutefois pas le temps d’apaiser les choses. Alors que j’ouvre la bouche pour dissiper le malentendu, une bombe incendiaire explose à l’entrée, livrant le commerce aux flammes.

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