Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CANTINE
LA CANTINE

LA CANTINE

Pièce n°2112
Écrite par Sol'stice
Explorée par Loan

 La nouvelle pièce est aussi bruyante que la précédente. De longues tables s’alignent, la plupart des places sont prises, même si sur les bancs les va-et-vients sont nombreux. Je n’ose pas m’arrêter, obligé de suivre la chevaucheuse et ses grandes enjambées jusqu’à ce qu’elle décide de s’asseoir. Je prends timidement place à côté d’elle, pose la boîte à musique, soigneusement emballée dans son tissu, sur mes genoux et garde mes mains sur ces derniers. La chevaucheuse hèle quelqu’un d’un signe de la main. Bientôt, deux contenants sont posés devant nous, leur métal claquant sur celui de la table. Je ne saurais dire s’il s’agit de tasses démesurées, de verres trop grands ou d’immenses pintes. L’odeur qui s’en dégage est tout aussi indéfinie.
 — Buvez. C’va vous faire du bien.
 Je n’ose la contredire, attrape mon récipient, rendu brûlant par le liquide à l’intérieur. On dirait de la soupe, sans que ce je n’en sois certain. Je prends une gorgée polie, incandescente. En face, la chevaucheuse ne fait pas preuve de la même retenue, comme si la chaleur excessive ne l’atteignait pas. Je sens un léger tiraillement sur la manche, avant de voir le lutin escalader mon bras pour monter sur la table et, curieux, se pencher au-dessus de la boisson. Le regard acéré de la chevaucheuse se pose longuement sur lui avant de revenir sur moi.
 — Et vous f’siez quoi, perdu dans la grand’ plaine ? C’dang’reux, savez ?
 — Je… je suivais quelqu’un. Enfin, les traces de quelqu’un. Vous ne l’auriez pas vu, par hasard ? Ou un de collègues, qui l’aurait récupérée également ?
 — Y’avait personne. Rien qu’vous et vot’ lutin. J’vous l’dis, y’a personne pour s’perdre dans la plaine. Rien qu’vos traces.
 J’accuse le coup, reste silencieux. Et si c’était possible, que ce n’étaient que mes traces que je suivais sans le savoir ? Je savais au fond de moi que ce ne pouvait pas être celles de la danseuse, mais j’ai quand même l’impression que tout s’effondre. Celle d’être revenu au point de départ. Je prends une nouvelle lampée de soupe, essaie de remettre de l’ordre dans mon esprit.
 — Vous avez dit… vous avez dit que vous remplissiez des missions… Vous cherchez des choses pour des gens, c’est ça ? Vous pouvez chercher des personnes aussi ? J’ai… j’ai pas de quoi payer mais je trouverais, je vous le promets !
 Une lueur passe dans les yeux de la chevaucheuse. Méprisante, dangereuse.
 — M’insultez pas. J’suis pas une vendue de Contrôleuse, et ‘core moins une pourrie d’Recruteuse, crache-t-elle par terre. On a not’honneur, nous. On traque pas les gens, nous. On les sauv’ quand y s’perdent, c’tout. Nous, on cherche les objets. Les épées, miroirs maudits, les p’tites perles, les trésors, même les clés. Mais pas les gens.
 — Je… je vous demande pardon, je voulais pas vous vexer.
 Je m’écrase sur mon banc, honteux, prêt à me noyer dans ma soupe, disparaissant derrière son contenant trop grand. Mais ce qu’elle a dit en dernier m’interpelle. Je glisse la main dans ma poche. J’ai toujours la clé en bois que m’ont troquée les gobelins.
 — Dites, hum, vous avez une porte, s’il vous plait ?
 — Une porte ? répète la chevaucheuse.
 — Oui, n’importe laquelle, du moment qu’elle a une serrure.
 Malgré son incongruité, ma requête ne semble pas la surprendre plus que ça. Elle pose son récipient vide et se lève en me faisant signe de la suivre. Je me dépêche de finir mon breuvage pour ne pas paraître impoli, me brûlant la langue au passage, glisse le lutin dans ma poche et serre précieusement la boîte contre moi quand je suis à nouveau obligé de trotter derrière elle. Nous finissons de traverser la longue pièce et sortons par les portes du fond à double battant.

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