Pièce n°2464
Écrite par Sol'stice
Explorée par Lagio
Je tapote nerveusement mes doigts les uns contre les autres. Dans un coin de la cuisine, la bouilloire siffle. La petite dame prépare les tasses à côté de l’évier. Évier pour lequel j’ai été appelé. Évier qui n’a pas de fuite. La petite dame n’a pas semblé surprise quand je lui ai annoncé la nouvelle et m’a invité à rester prendre le thé. Enfin, invité. Même si elle n’a l’air de rien, il y avait quelque chose de légèrement menaçant dans son incitation à m’asseoir sur une chaise et je n’ai pas exactement osé la contrarier. Alors j’attends, au lieu de chercher un vrai client, et je tapote mes doigts. Il ne me faudrait pas grand-chose de plus pour sursauter quand elle pose la tasse fumante devant moi avant de s’asseoir en face. Je la remercie par politesse, garde mes mains devant moi.
— Buvez donc.
Je n’ose pas plus la contrarier que précédemment et me brûle la langue. Elle attend que j’ai avalé la moitié du breuvage pour reprendre la parole.
— Dites-moi, très cher. À votre avis, qui est le ou la plus apte à diriger le Château ?
Je manque de recracher ma gorgée de thé. Je ne pense pas qu’elle apprécierait. J’arbore quelque chose entre la grimace et le sourire gêné, la moustache tremblotante.
— C’est… c’est-à-dire ?
— Rien de plus que la question que je t’ai posée. Qui devrait diriger le Château ? L’Ordre ? La Résistance ? Un habitant ou une exploratrice ? Un regroupement parmi ces factions ou un autre groupuscule ? Le Château lui-même ? Quel est le fond de ta pensée ?
— C’est que… euh…
Ma nervosité trouve cette fois un échappatoire en jouant avec la délicate anse de la tasse.
— Je n’ai pas vraiment d’avis ?
— Enfin mon brave ! Tout le monde a un avis là-dessus !
— Vous savez, peu importe qui dirige, les gens auront toujours besoin de réparer leurs toilettes ou leurs éviers… du moment que leur évier a un problème.
La petite dame glousse.
— Il est vrai que j’ai menti au téléphone, mais soyez honnête, vous ne seriez pas venu sinon et je n’aurais pas pu vous poser la question. N’est-ce pas ?
— Eh bien…
Je dois admettre que c’est vrai. Mais je n’ai pas envie de répondre à sa question pour autant. Je m’agite, mal à l’aise, sur ma chaise. Elle insiste.
— Alors, très cher ?
— Eh bien… répété-je maladroitement.
Je ne sais pas comment me sortir de ce guêpier. Muiri saurait, lui.
— C’est anonyme, vous savez. Personne ne saura ce que vous avez répondu.
Je doute qu’un sondage effectué par quelqu’un, fusse-t-il une petite dame qui appelle pour un évier qui n’est pas cassé, qui a utilisé le dépliant avec le nom de notre société qui se trouve également être le mien pour me contacter soit réellement anonyme. La sonnerie de mon téléphone retentit. Je ne laisse pas filer l’opportunité.
— Désolé, mais je dois répondre. Merci pour le thé. Au revoir.
Sans attendre ses protestations ni regarder qui essaie de me joindre, je fonce vers la sortie.
On (re :p)découvre enfin Lagio ! Il a l’air dans une situation à la fois plus confortable et en même temps plus dangereuse que celle de son frère. J’ai peur que la dame ne le suive et je n’aime pas que l’Ordre s’intéresse ainsi aux activités des deux frères. J’espère que ça ira pour eux.