Pièce n°2379
Écrite par Didou
Engagez-vous, qu’ils disaient. Vous verrez du pays, qu’ils disaient. Tu parles de conneries.
J’ai pas la moindre foutue idée d’où qu’on est, sans doute pas un coin où je pourrais ramener mon petit en vacances.
Il y fait moche. Des jours qu’on est arrivés et tout ce qu’on a vu, c’est du brouillard. Du brouillard, du brouillard et du brouillard. À croire qu’on a débarqué de l’autre côté de la Manche. Je crois que j’aurais préféré. Je nierai en bloc avoir dit ça mais bordel, j’aurais préféré. Il y a une drôle d’ambiance ici. C’est pas juste ce foutu brouillard, le froid ou l’humidité. On est observés. Je sais pas par qui, je sais pas comment, je sais pas pourquoi. Mais on l’est, c’est sûr. Les gars et moi, on rêve que de trouver le type et de lui faire bouffer notre fusil pour lui apprendre.
On ose pas encore se dire ce qu’on ressent tous.
J’essuie mon front et puis je resserre ma main sur le manche de mon poignard. Des minutes, des heures passent. À chaque pas, le brouillard s’épaissit. J’y vois plus rien devant moi, pas même ma main. Mais c’est pas que ça. Les sons aussi sont étouffés. Comme s’il y avait plus rien, plus personne autour de moi. J’ai l’impression d’être le dernier de mes camarades à avancer encore. Le dernier à être observé par quelque chose qui, bordel, peut pas être humain. Une silhouette gigantesque, impossible, se dressant soudain devant moi me le confirme. Mes réflexes prennent le dessus. Je tire une rafale en hurlant et ne cesse qu’après avoir vidé mon chargeur. Le souffle court, les mains tremblantes, je recharge sans même y penser. Mes yeux sont fixés devant moi, hagards, hallucinés. La silhouette a disparu. Tout a disparu.
« Les gars ! LES GARS !!! »
Ma voix a disparu. Mon cri ne franchit jamais la barrière de mes lèvres. Au lieu de quoi, une présence s’impose dans ma tête. Elle y grandit jusqu’à éteindre ma conscience. Les restes de cette dernière me font réaliser que j’ai la joue collée contre le sol. J’ai une dernière pensée pour mon petit.
Et puis je disparais.