Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE OÙ ON EST TOMBÉS SUR UN DES JOURNAUX DE JOHN DEE
LA PIÈCE OÙ ON EST TOMBÉS SUR UN DES JOURNAUX DE JOHN DEE

LA PIÈCE OÙ ON EST TOMBÉS SUR UN DES JOURNAUX DE JOHN DEE

Pièce n°2435
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ray
En compagnie de Quokka

La pièce est très lumineuse et bruyante. C’est désagréable. J’attire Boubou vers moi avant qu’il ne se fasse bousculer par la foule. Il hoquette de surprise. Le sol couine sous les chaussures des passants, un bruit strident typique du faux marbre qu’on retrouve dans certaines galeries commerciales. C’est désagréable. Tout est désagréable quand on a les yeux et les oreilles trop sensibles.

– Par là, je dis quand la peluche commence à s’éloigner, sans doute attirée par de la nourriture ou quelque chose de brillant.

La boutique de perles se trouve cinquante mètres plus loin. Si on se débrouille bien, on pourra vider les lieux dans moins d’une heure. Je ne suis pas tranquille depuis l’attaque d’hier. Je préfèrerais emmener les deux andouilles loin d’ici au plus vite. Je n’aime pas quand les choses ne se déroulent pas comme prévu, et avec eux, rien ne se déroule comme prévu.

Il pointe du doigt un stand de nouilles et je secoue la tête.

– On n’a pas le temps pour ça.

Il boude, et aussi insupportable soit-il, il reste très mignon. Boubou approuve la suggestion du doudou :

– On pourrait prendre une petite pause…

– On a mangé il y a même pas une heure, je râle.

La peluche montre son ventre, l’air de dire qu’il est vide, mais il est toujours aussi enrobé. Qu’il mange des plats plus gros que lui ne semble jamais avoir d’effet sur son tour de taille. Je commence à calculer le temps qu’on va perdre, mais je sais déjà que je vais lâcher l’affaire.

– On fait vite, alors.

On s’assoit au bar, et je laisse Boubou et Quokka étudier la carte pendant que je vérifie les alentours. Tout est suspect ici. Et tout le monde semble avoir une dent contre mes collègues. Boubou prend des raviolis, et la peluche prend un bol de nouilles tellement gros qu’il doit monter sur la table pour pouvoir le manger. Je laisse le hibou passer commande, il parle couramment la langue locale.

Je n’ai rien commandé, mais un bol arrive devant moi. Je commence à m’embrouiller avec le cuisinier, mais à la manière dont la peluche penche la tête sur le côté, je comprends très vite qui est le coupable dans cette histoire.

– Il voulait bien faire… me dit Boubou à l’oreille.

Je lève les yeux au ciel. J’ai l’impression qu’on est ici depuis une éternité. Ma montre dit seulement une demi-heure, mais ça rajoute déjà de moitié le temps que j’avais prévu de passer sur place. Je déteste quand les choses ne suivent pas le programme que je me suis fixé intérieurement. Le spot juste au-dessus du bar me donne la migraine. La table est bancale. Le doudou s’éloigne vers une petite bibliothèque avec des livres pour occuper les enfants. Je le surveille du coin de l’œil. Si dans trente, non vingt secondes, il n’est pas revenu, j’interviendrai. Finalement, il revient et je l’observe sautiller, toujours avec la même démarche surexcitée. Il me tend un livre, avant de me montrer le pied de la table.

– Pour caler la table, devine Boubou.

La peluche n’est pas toujours aussi bête qu’elle en a l’air, même si la plupart du temps, elle ne brille pas par sa vivacité d’esprit. Je prends le bouquin et-

Oh bordel.

C’en est un. Je ne suis pas encore sûr que ce soit un vrai, mais je crois bien que c’en est un. Je le feuillette. Je lis mal l’énochéen, mais je peux reconnaître certains des symboles. Les pages sont pour la plupart de la même structure : une première ligne, suivie d’un petit paragraphe, puis trois lignes. Toujours les mêmes symboles qui reviennent. Des listes. Probablement des listes de personnes. Ce genre d’objets était très recherché dans mon ancien travail. Tout ce qui permettait de retrouver quelqu’un était utile.

Et John Dee était très recherché, même si l’on ne sait toujours pas si celui que l’on cherche est le John Dee ou l’un de ses copycats. Apparemment, ils mettent tous les John Dee qu’ils trouvent dans le même service. Ce serait risqué de les laisser partir, car ils pourraient informer le John Dee qui intéresse l’Ordre qu’il est recherché, et ce serait dommage de les éliminer car la plupart sont des scientifiques brillants. Il semblerait même qu’ils aient une réunion hebdomadaire des John Dee anonymes pour discuter de leur capture traumatisante par les services de l’Ordre. J’en ai ramené un, une fois. Je ne suis pas sûr qu’il ait tenu le coup. Ils doivent être une petite dizaine aujourd’hui. C’est fou le nombre de personnes qui se font appeler John Dee.

La peluche met son gros nez au-dessus du livre, sans doute pour comprendre ce qui m’intéresse. Je le referme brusquement et le met dans mon sac. Avec un truc pareil, je n’aurais aucun mal à justifier un retour à la Tour sans ordre de mission après notre passage au magasin de perles. Et ça me permettra de mettre les deux autres en sécurité quelques temps.

– Finis tes nouilles, j’ordonne à la peluche.

Il hausse les épaules, et saute sur la table pour terminer son bol. Je mets le journal dans mon sac. Ça ne sert à rien de le regarder davantage. En savoir trop mettrait mes amis en danger. J’envoie rapidement un message au QG pour demander un entretien avec le Département de Recherche sur les Capacités des Personnes Extérieures, le D-RCPE. Je paye et j’emmène Quokka et Boubou au magasin de perles.

Un journal de John Dee. C’est trop beau pour être vrai.

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2 commentaires

  1. Lev

    Trop trop heureuse de cette première (on est d’accord ?) pièce du POV de Ray. Surtout que c’est mon petit chouchou préféré et que je suis sa fan #1 (je sais pas si je l’ai déjà dit. C’est mon petit choupinou assoiffé de sang). Ça se voit qu’il aime sa petite troupe malgré les airs de gros dur qu’il aime se donner ! Hâte d’avoir plus de pièces de sa perspective (et peut-être aussi de celle de Boubou ?).

  2. Whaaa, trop bien d’avoir le point de vue de Ray, ça change ! Et ça permet de le comprendre un peu mieux aussi. Bichoune, il en voit de toutes les couleurs avec ses deux camarades ^^
    L’idée des John Dee est très drôle, curieux de découvrir ce que tu vas en faire !

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