Pièce n°2392
Écrite par Didou
— Comment ça vous avez perdu les bombes ?
— C’est à dire, chef, que…
— Je me contrefous de vos excuses ! Retrouvez-les. Et retrouvez-les vite !
Un claquement furieux accompagne ces paroles et je grimace. C’est toujours la même chose avec lui. Que des idées plus stupides les unes que les autres et une capacité extraordinaire à ne pas en assumer les conséquences derrière. J’aurais mieux fait d’écouter ma mère quand elle me disait d’éviter à tout prix la Résistance. Sûr qu’ils ont pas ce genre de problèmes là-bas, au sein de l’Ordre.
— Alors ? me demande mon ami, flottant à quelques mètres au-dessus de moi. Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il a dit ?
La panique dans sa voix est palpable. Le temps que je lève les yeux dans sa direction, il a déjà poussé deux hurlements de terreur et d’épaisses gouttes de sueur maculent son front. L’une d’entre elles voltige jusqu’à moi tandis qu’il se contorsionne pour esquiver une balle de ping-pong. Je m’efforce d’être rassurant :
— Il estime que nous sommes capables de gérer la situation.
— On l’est pas du tout ! Attention, derrière toi !
Son alerte arrive au bon moment pour me permettre d’éviter une balle vicieuse dans mon dos. Je le remercie d’un regard, le cœur battant trop vite pour articuler le moindre mot. Une autre balle nous fait une frayeur en s’écrasant contre un mur. Mon ami est si pâle que je me demande comment il parvient encore à rester conscient. Peut-être qu’avoir la tête à l’envers aide.
— On va y arriver, je souffle après une éternité. On va y arriver.
— Bien sûr que non. On va mourir ici.
J’ouvre la bouche. La referme tandis qu’une balle manque d’y entrer.
Nous n’avons pas eu de chance.
Juste au moment où nous terminions notre dixième bombe, déguisée en balle de ping-pong à l’occasion du tournoi organisé par l’Ordre dans la zone 47-48B, la foutue gravité a perdu la tête. Haut, bas, gauche, droit, tout s’est mélangé, en même temps que notre stock. Le résultat ? Un millier de balles flottantes autour de nous. 990 inoffensives. Dix capables de souffler l’entièreté de la pièce au moindre contact.
— La Résistance peut aller au diable, grogne mon camarade. Tous des imbéciles. On aurait dû se douter que ça finirait comme ça. Deux ans qu’on est avec eux et t’as souvenir d’avoir vu une opération réussir, toi ?
— Eh bien… enfin, il y a eu… mais si… celle…
— Fiasco sur fiasco, je te dis. Celui-là est même pas le pire.
— On peut encore s’en tirer.
— C’est ce qu’on va voir. Suis-moi. Et fais-moi une promesse : si ça fonctionne, on file pointer dans les rangs de l’Ordre.
— Quoi ? Tu délires. On… attends ! Bordel, attends !
Inutile. Mon compagnon m’adresse un sourire empli de regrets avant de se détourner et de se mettre à nager en direction de la sortie. Le tout sans faire aucun geste pour esquiver les balles sur son passage.
— Mais qu’est-ce que tu fous ?
Une dizaine, une centaine le touchent. À chaque fois, je me crispe.
— Viens ! s’exclame-t-il en désignant le chemin à présent vierge de tout danger qu’il a dégagé. On se tire d’ici.
Six balles lui bloquent encore le chemin. Il en écarte trois d’un revers de la main, souffle pour éloigner la quatrième. La cinquième lui frôle le crâne tandis que la dernière touche son épaule sans exploser. Son sourire s’élargit. Il s’agit de la dernière vision que j’ai de lui. La seconde d’après, la gravité reprend soudain ses droits et un millier de balles nous tombent dessus.
Oh mais quelles bonnes idées ! Tu as hyper bien entremêlé l’événement du jour, les enjeux propres à la Résistance et des situations froutraquement Châteauesques de type « mille balles de ping pong dans une salle » ! Et comme Lev je trouve la narration finement exécutée, on ressent vraiment la pression et les enjeux logistico-politiques !
Wow !! Trop trop chouette pièce ! Hyper bien rythmée, j’ai adoré découvrir pourquoi son ami avait si peur, je pensais qu’il était juste terrifié à cause de l’absence de gravité… Et leur idée d’attentat est hyper Résistance-esque, y a pas de plan plus foireux que d’essayer de camoufler une bombe en balle de ping-pong en vue d’un tournoi organisé par l’Ordre :-)) Cette pièce me réjouit ! J’en veux des centaines d’autres ! Une centaine de milliers d’autres !