Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE VILLAGE AUX CHAMPS DE LAVANDE
LE VILLAGE AUX CHAMPS DE LAVANDE

LE VILLAGE AUX CHAMPS DE LAVANDE

Pièce n°1919
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Ifa
Fait partie de la saga Le Cygne Gris > >>

J’ai eu 24 ans cette année. Cela fait presque 7 ans que je suis arrivée dans ce village, au sud du château. Du moins, c’est ce qu’on m’a dit. J’ai peu de souvenirs de cette période. J’étais arrivée hagarde, seule, terrifiée. Je suis restée, et peu à peu, j’ai réussi à y trouver ma place. Les gens sont gentils. Le travail n’est pas trop dur. Tant que je ne reste pas seule, tout va bien. Tant que je ne reste pas seule, je ne me souviens pas.

Le plus dur, c’est la nuit. Des bribes de souvenirs qui reviennent. J’ai tant cherché à les fuir que la vérité s’est déformée, tordue comme de la cire molle. De celle que j’étais avant, il ne reste que de la cendre et l’écho d’un nom. Ifa.

Ici, c’est si paisible. Si tranquille. Des champs de lavande qui s’étendent à perte de vue. J’aime beaucoup m’occuper de la lavande. En été, les abeilles bourdonnent de fleur en fleur, l’odeur de la lavande est grisante. Elle parfume tout : les cheveux, l’âme et les souvenirs. Le soleil est très fort, me dit-on, mais j’ai toujours aimé sa chaleur. Un petit lézard, disent les autres.

En hiver, je fais des sachets de lavande séchée. Je suis devenue très habile à l’aiguille, moi qui étais si habile à l’épée. Ces souvenirs me sont pénibles. Ils me rappellent ce que j’étais avant. Une enfant manipulable, manipulée, aveuglée par les désirs cruels de ceux qui étaient responsables d’elle. Une arme redoutable. Un fléau. Je brûlais tout ce que je touchais.

Tout ça, c’est derrière moi. Aujourd’hui, il n’y a plus que la lavande et le soleil. Les villageois m’ont tout de suite accueillie. Leur chef était très bienveillant. Au début, ce n’était pas facile. Je me réveillais la nuit, en nage, à bout de souffle. Tant d’émotions me malmenaient. La honte était la plus tenace. J’étais si stupide… A tant vouloir trouver ma place, j’avais causé tellement de mal… Toute une vie ne me suffirait peut-être pas pour effacer les traces de mon passé.

Mais tout ça, c’est derrière moi. Déjà, je me souviens si peu de ce qu’il s’est passé. Au début, j’avais un contact. Des rêves. Il me revenait. Me rappelait. Puis au bout de quelques mois, plus rien. Et pour la première fois, il n’y avait plus personne pour me dire quoi faire. Plus personne pour me souffler des souvenirs qui n’existaient pas, voler ou trafiquer ceux qui existaient. Pour la première fois, j’étais libre.

Cela me rendait tellement inquiète. Un tel bonheur ne pouvait pas durer. Je ne me souvenais pas d’une telle tranquillité. Mais la lavande lave tous les tourments, parfume tous les cœurs. En été, le vent pardonne tout. Il balaie tous les souvenirs.

Derrière l’un des champs de lavande, il y a un petit ruisseau. Je m’y rends souvent. Les galets brillent dans l’eau. Comme des perles. L’eau semble transporter avec elle un soupçon de vie. J’y trouve un grand réconfort. Parfois, le chef m’y rejoint. Je n’aime pas être seule avec lui. Il est très gentil, ses mots sont aimables, mais dans son regard il y a une flamme d’ambition qui ne me plait pas. Les histoires qu’il raconte le soir au coin du feu sont empreintes de légendes de chevaliers, de guerre et de champs de bataille en cendres.

Les flammes violettes éclairent ses étranges yeux argentés. Il me regarde souvent. Il semble voir en moi quelqu’un qui n’existe pas, qui n’existe plus. Cela m’inquiète. Je crains que le passé ne me rattrape. Je ne sais même pas à quoi m’attendre. Je ne me souviens plus. Il ne me reste que des éclats, des poussières, des soupirs.

Mais je peux bien souffrir la conversation polie d’Abnar et son regard ambitieux. Je suis si heureuse ici, si tranquille, que je pourrais bien rester toute ma vie à cultiver la lavande. J’étais une enfant perdue, utilisée et usée par tous ceux qui voyaient en moi un moyen d’étendre leur influence. Ici, je deviens une adulte à la vie paisible. J’ai eu le temps de penser, pas encore de faire la paix avec moi-même, mais suffisamment pour savoir que je ne jouerai plus jamais le jeu des puissants. Ici, je ne pense qu’à la lavande. Et aux perles au fond du ruisseau. J’en ai ramassée une. Pas l’une des plus claires ou des plus brillantes. Une petite perle sombre. Légèrement déformée. Aux reflets violets. Je l’ai glissée sur un collier.

Je pense que je vais passer toute ma vie ici. J’aime tant la lavande. La paix. Je suis si heureuse.

Enfin ça, c’était avant qu’Ils ne viennent. Avant qu’ils ne fassent brûler la lavande. Ils cherchaient quelqu’un ou quelque chose. Tout le monde n’a pas pu fuir. Nous ne sommes qu’une quinzaine à avoir pu leur échapper, grâce à Abnar. Je lui ignorais des talents de magicien.

De ces 7 années les plus heureuses de ma vie, il ne me reste qu’un sachet de lavande et une petite perle.

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