Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LES SANITAIRES OÙ JE ME REMETS
LES SANITAIRES OÙ JE ME REMETS

LES SANITAIRES OÙ JE ME REMETS

Pièce n°2608
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Selen

Pièce du Casteltober 2026 - Jour 21 : Fuite

Je pousse la porte avec tellement de violence que l’homme qui quittait les sanitaires me regarde avec désapprobation. Je souffle quand je suis enfin seul. J’ai honteusement pris la fuite quand le Pr. Plumefer m’a congédié, que j’en ai oublié de m’excuser une dernière fois.

Les toilettes sont très chics, je dois être à un étage où les bureaux sont occupés par des hauts gradés. La tuyauterie est dorée, et des lampes LED entourent les miroirs. La luminosité est belle, si belle qu’elle m’écœure. J’ai cru mourir, et la pièce est tellement luxueuse que j’ai l’impression que le monde me dit qu’il s’en fout. Le support du lavabo est en marbre, aux veines roses pâles. Je me lave les mains. Le savon sent l’amande douce. La pièce a une odeur tendre de bois de santal. Oui, j’insiste, tout ce luxe m’écoeure.

J’ai cru mourir. Je n’étais pas vraiment en danger, mais j’ai vraiment senti la vie me quitter quand j’ai ouvert l’enveloppe. J’ai pensé à tout ce que je n’avais pas fait, tout ce que j’aurais dû faire, et tout ce que j’avais mal fait. Toutes les opportunités manquées, tous les regrets, tout ce qui m’était cher.

J’ai repensé à ma famille, dehors, en Normandie, qui n’avait que très peu de mes nouvelles quand je faisais mes études à Paris et qui n’ont plus du tout de mes nouvelles, depuis que je me suis fait kidnapper par l’Ordre et que je suis dans le château.

J’ai repensé à mes amis, à ce kebab miteux où on finissait nos soirées, au clic-clac inconfortable et à mon studio où je faisais tenir des plantes vertes plantées dans des pots de nutella vides, en équilibre sur les étagères, au milieu de mes classeurs de cours.

J’ai repensé à cette fois où je suis monté en haut de la Tour Eiffel, où ma famille était venue me visiter à Paris et où on avait regardé le coucher du soleil, et où elle s’était illuminée quand on redescendait. J’ai repensé au restaurant où on avait mangé après, et j’y étais retourné depuis, mais la nourriture n’était plus aussi bonne.

J’ai pensé à tout ce que j’avais manqué depuis que j’étais ici. J’ai pensé à ce que j’avais vécu quand ils m’avaient kidnappé et interrogé parce qu’ils cherchaient des ingénieurs, mais je n’étais pas assez bien pour eux puisque je n’étais pas encore diplômé, et j’avais fini ici. Tem ne m’avait jamais posé de questions, parce qu’il savait que c’était difficile. J’ai pensé à Tem.

Et j’ai pensé au Pr. Plumefer. Et je l’ai détesté, parce que c’était son putain de courrier que j’ouvrais, l’enveloppe lui était destiné, et j’allais mourir à cause de lui. Et je me suis détesté, parce que maintenant, il allait mourir à cause de moi. Et même dans ce que je pensais être mes derniers instants, je l’aimais et je m’en voulais de l’avoir exposé au danger.

Je me suis dit que j’allais mourir et qu’il ne resterait rien de moi, parce que je n’avais rien fait, et que personne ne se souviendrait de moi.

J’asperge mon visage à l’eau glacée, et la violence de mes gestes me surprend. Je suis tellement en colère. Je voudrais ne pas être comme ça. Je tremble tellement que j’ai du mal à tenir debout. Le Pr. Plumefer m’a dit d’aller voir un psy, mais je n’ai pas vraiment envie de lui obéir. Il n’a qu’à l’exiger de moi, s’il veut que ça se fasse.

J’expire, et en vidant mes poumons j’ai l’impression de vider un peu de moi.

Je sèche mon visage et mes larmes, je me remets un peu d’eyeliner et d’ombre à paupières. Je suis presque présentable. Je regarde l’heure sur l’écran dans les sanitaires qui indique les conditions météorologiques, la température dans les toilettes, et l’heure du dernier passage des responsables du ménage. J’ai encore le temps de me calmer, et de reprendre ma soirée.

J’ai envie de voir Ifa.

<< < Selen

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Un commentaire

  1. Oh, je ne m’attendais pas à une telle réaction de Selen. Bichoune. Il a subi un sacré choc, j’espère qu’il arrivera à s’en remettre. Peut-être avec l’aide de Tem ? En tout cas, c’était cool d’en apprendre plus sur son passé !

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