Pièce n°2460
Écrite par Didou
Je vais mourir. J’en ai la certitude tandis que je gravis à toute vitesse une volée d’escaliers. Les mêmes escaliers qui mènent à ma fin, qui sont le chemin vers un sort aussi funeste que douloureux. Je resserre ma prise sur mon arc. Des gouttes de sueur tombent sur les marches et forment une piste pour ceux qui voudraient me suivre. Comme s’il existait une personne aussi folle que moi, comme s’il y avait quelqu’un d’autre pour obéir à un ordre lancé sans y réfléchir :
Un gars aux créneaux ! J’ai besoin d’un gars qui monte aux créneaux !
Mon corps a bougé avant même que je ne puisse y réfléchir. Il parait que c’est à ça qu’on reconnait les héros. Ce sont des conneries. C’est juste à ça qu’on reconnait ceux qui vont mourir. Je grogne, grimpe une nouvelle volée de marches.
Au-dessus de moi, le soleil brille de toutes ses forces. Ce sera toujours ça de pris. Mieux vaut partir sous le plus beau des ciels plutôt qu’au milieu d’une tempête comme celle qui a soufflé hier. Encore des conneries. La mort est la mort. Que m’importe de savoir que mon sacrifice sauvera la vie de nombreux camarades, que m’importe si l’on chante mes exploits ou si l’on hue mon nom.
Je vais mourir.
Je vais mourir mais avant, j’emporterai autant de ces enflures que possible avec moi. Je dresse un rapide inventaire dans ma tête tandis que l’escalier semble ne jamais finir. Mon carquois contient 27 flèches. Si, comme le pense le chef, une attaque a lieu sur notre flanc ouest, il me reviendra d’en tirer une pour alerter nos troupes. Les 26 restantes seront pour les cœurs des barbares qui espèrent faire tomber notre forteresse. Encore faut-il y arriver, jusqu’à ces foutus créneaux. Combien de marches ai-je déjà montées ? Pourquoi… pourquoi semble-t-il en rester encore une infinité ? Aucun de mes efforts ne me rapproche du sommet. Pas plus mal en fin de compte. Si seulement cet escalier pouvait continuer éternellement alors peut-être ne mourrais-je pas aujourd’hui finalement.