Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA SALLE DU BAL DES RETROUVAILLES RÊVÉES
LA SALLE DU BAL DES RETROUVAILLES RÊVÉES

LA SALLE DU BAL DES RETROUVAILLES RÊVÉES

Pièce n°2159
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Lulel

À l'occasion de la pièce palier 2000, les membres de l'association du Château ont créé la trame d'une pièce collective, le souvenir d'un bal et d'un mariage, que chacun·e peut écrire et explorer du point de vue de son ou ses personnages.

Ce carnet est la propriété de Lulel.

Si retrouvé, merci de le retourner à Lulel (ou au Conseil des Découvrateurices)

La dernière chose dont je me souviens, c’est d’avoir trouvé un coquillage, sur le sol. Je suppose qu’ensuite, j’ai dû m’endormir, puisque je me suis réveillé, il y a quelques minutes, dans une toute nouvelle pièce (le coin d’une immense salle de bal, dans lequel je me trouvais en boule). J’ai pris quelques instants pour vérifier mon intégrité physique, et celle de mes possessions, et il semblerait que rien n’ai changé, vraiment, que rien ne m’ait été retiré. La seule chose qui est différente, c’est mon accoutrement. J’ai en effet remarqué, lors de la vérification du contenu de mon sac, que les vêtements que je me souvenais avoir mis la dernière fois que je m’étais habillé étaient soigneusement pliés et rangés avec mes autres vêtements. J’ai vérifié, au toucher et oculairement, que je n’étais pas nu, et ai pu constater que je portais une sorte de… costume, comme les agents secrets des histoires que Stryn racontait parfois, mais en supposément moins discret. En haut, une chemise blanche et une veste (qui me va parfaitement, comme si on avait pris mes mesures) couleur lavande. En bas, une longue jupe plissée, qui descend jusqu’à mes chevilles,  de la même teinte de la veste. Pour finir, de longues chaussettes blanches, et des chaussures au bout presque pointu, assorties elles aussi avec les vêtements dont j’étais vêtu. J’étais surpris bien sûr, de m’avoir été trouvé déplacé et changé sans l’avoir remarqué, et plus encore d’à quel point ces nouveaux vêtements m’allaient parfaitement (mon bras mécanique a même sas troisième “manche” dédiée, ce qui me permet d’écrire alors que je commence ma découverte des lieux), mais puisqu’on n’avait apparemment rien touché d’autre chez moi… J’ai fait le choix de tenter d’entrer en contact avec l’un des nombreux individus qui remplissaient l’espace de leurs corps et de bruits – notons d’ailleurs qu’il semblerait que, lorsque j’avance, les pavés sur lesquels je pose les pieds s’illuminent progressivement, avant de s’éteindre au bout de quelques secondes après que je les ai quittés. 

… Note encore, je viens d’essayer de me gratter la joue, je remarque qu’il semblerait que l’on m’ait aussi fourni un masque, froid au toucher, qui fait un léger klink quand je le tapote de mes ongles. J’ai tenté de le retirer pour l’observer, mais les parmi les flots de personnes (que je suis et qui se rendent visiblement vers l’autre extrémité de l’immense salle), il semble toujours y en avoir quelques unes qui se retourne vers moi dès que j’y pense trop fort, me jetant les regards les plus noirs que j’ai pu recevoir depuis des années. Puisque tous, autour de moi, sont masqués, quelle que soit leur espèce, leur âge, ou la cadence à laquelle ils avancent, je décide de ne pas me faire trop remarquer et laisserait donc ce masqPHAENE ? 

… !

Phaene ? 

Je… C’est elle ? 

“Phaene ! PHAENE !” 

Je suis sûr d’avoir reconnu son sac, sa démarche décidée, la couleur de ses cheveux (ils sont bien plus courts que lors de son départ mais… 

“PHAENE ?” 

Ma voix, que je déplois sans faire attention aux conséquences, si on me reconnaissait, ne porte pas au-delà du brouhaha qui émane de partout, de tous, ne porte pas jusqu’à la jeune femme que je crois… Non, dont je suis SÛR que c’est elle. 

Elle avance, en travers de la foule, rendant sa poursuite plus complexe, et si je joue des coudes pour essayer de la suivre, sa plus petite taille joue en sa faveur, et je la perds plusieurs fois avant de percevoir à nouveau un flash de chevelure rousse. 

“PHAENE ! Attends moi, PHAENE !” 

Je remarque à peine “Oh !” collectif que laissent échapper les personnes aussi loin que je peux les voir, une surprise qui se répand comme une vague depuis la direction vers laquelle la foule semblait vouloir s’amasser, suivi d’une reprise des murmures qui noient à nouveau tout son distinct imaginable tant les invité-es masqué-es (puisque nous avons tous l’air d’invité-es à une sorte de bal costumé) sont amassé-es densément les un-es contre les autres. Phaene n’a pas l’air de s’en soucier, alors je ne peux pas vraiment m’en soucier non plus. 

La foule se tait à nouveau, et complètement cette fois-ci, ce que je remarque lorsque j’essaye à nouveau de crier son nom. J’en suis incapable, mon attention presque appée par le centre de la gigantesque pièce, là où tou-tes regardent. Iels sont trois, je les vois maintenant. Je ne sais pas qu’il se passe mais ce que je sais, ce que même un oisillon sourd pourrait deviner, c’est qu’il se passe quelque chose de saint.  

Phaene. Phaene ! Je reprends mon chemin dans sa direction. Elle semble avoir été détournée de son but, elle aussi, je n’ai pas tant perdu sur elle, je peux encore… 

… ? 

Quelque chose dans l’air se tend, un certain nombre des convives semblent perdre de leur tangibilité et seuls quelques uns d’entre nous ont l’air de remarquer la quatrième présence qui écrase maintenant la scène. 

“… Vous vous trahirez tous !” 

Non. Non, je dois, retrouver, je dois. Je, c’est… Phaene. 

Je suis à genoux, je n’ai pas le souvenir d’être tombé à genoux. Sous mon masque, je sens des larmes couler à toutes vitesses le long de mes joues, l’impression indicible d’assister aux derniers instants d’un bonheur complet dont le bris ne saurait être prévenu, mon regard vissé sur le centre de la pièce. 

A quatre pattes, accroupi, s’appuyant sur un genou, debout à nouveau. Phaene, Phaene, phaenephaenephaenephaene… Phaene ! 

Une dizaine de mètres, traversés comme si j’avançais dans un la de miel, ma main sur son épaule. 

“Phaene… !”

Un murmure. C’est suffisant. 

Millimètre par millimètre, elle se tourne, tout aussi engluée que moi dans l’épaisseur de l’atmosphère. 

VOOOMPF 

Un puissant flash, sorti presque de nulle part, qui nous déséquilibre quasiment mais ne nous sépare pas. 

Avec plus d’effort que je n’ai jamais dû en déployer auparavant, je vise mon visage, j’agrippe le masque et, tirant dessus jusqu’à sentir le craquement des rubans qui le maintenaient à mon visage, je lui révèle un grand sourire. 

“C’est moi, Lulel !”

La confusion dans ses yeux grandit, comme une profonde inspiration. 

Au moment même où je sens son expression changer – un flash de compréhension, peut-être ? – la réalité s’écrase contre elle-même dans un beuglement horrifiant et nous projette en dehors de son tissu. 

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4 commentaires

  1. Bruh, ce texte TT_TT
    Les retrouvailles sont terribles et si courtes, ça me fait trop de peine pour eux TT_TT
    Mais peut-être qu’ils vont rapidement se retrouver dans la pièce suivante ? La phrase « l’impression indicible d’assister aux derniers instants d’un bonheur complet dont le bris ne saurait être prévenu » est très belle.
    Une chouette entrée en matière dans la pièce 2000 !

  2. Waouh ! Très heureuse de lire la première des pièces 2000 et de voir comment tu as pu t’approprier la trame qui avait été préparée !
    C’est super intéressant de lire le parcours d’un personnage complètement satellite de la pièce, qui n’en perçoit que des bribes… pour nos milliards de lecteurs (bientôt, on y croit) qui découvriront un jour le banger que représente l’événement pièce 2000, je pense que les parcours de personnages de ce type seront très utiles afin de comprendre ce qu’il s’est passé de la manière la plus élémentaire possible.
    J’ai particulièrement apprécié le passage consacré à la façon dont Lulel envisage de retirer son masque puis y renonce. L’idée que Lulel se fait fusiller du regard lorsqu’elle envisage un peu trop fort de retirer son masque est hyper inventive et pertinente. Ca rend compte très finement de la tension rituelle qui se joue pendant le mariage. Bravo !

  3. La première pièce 2000 !
    Merci de l’avoir écrite, elle est très chouette à lire, et c’est chouette aussi d’y assister à travers les yeux de Lulel après que Phaene l’ait mentionnée précédemment. D’ailleurs j’espère qu’elles vont se retrouver ! Surtout que la pièce de Phaene n’avait pas l’air de s’être très très bien passée…
    Merci pour ton interprétation de la trame et, sans mauvais jeu de mots, l’ouverture du bal des pièces 2000 !

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