Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE PAS SPONSORISÉE PAR COLA COCLA
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Pièce n°2221
Écrite par xyloforce
Explorée par Noémie la bactérie

À l'occasion de la pièce palier 2000, les membres de l'association du Château ont créé la trame d'une pièce collective, le souvenir d'un bal et d'un mariage, que chacun·e peut écrire et explorer du point de vue de son ou ses personnages. La musique a été composée par Dan Lazar.

Je suis là. Enfin, « je »… suis-je plusieurs ou sommes-nous un ? C’est que vous, les humains, quand vous nous regardez, nous les bactéries, vous ne voyez qu’une petite cellule riquiqui avec un cercle d’ADN ridicule, et avec votre gros cerveau de mammifère raisonnable qui fabrique des bombes atomiques, vous estimez qu’on est probablement vachement moins compliquées que vous. Alors que vu qu’on est toutes à se parler entre nous, pour autant que vous en sachiez, j’ai peut-être la mémoire de mon ancêtre qui poussait dans les aisselles des tricératops !! Mais je ne vous en dirais pas plus, continuez à rouler à 130 sur l’autoroute et à balancer des fusées dans l’espace. Vous repenserez à moi la prochaine fois que vous serez coincés dans vos toilettes à regretter d’avoir mangé ce bout de poulet qui sentait bizarre.

Bref. Je me perds. Partons sur je. Ça sera plus simple à écrire. Je n’ai pas toujours eu la chance de tapisser les boyaux du système digestif de l’un d’entre vous, voyez-vous ! Avant, j’étais dans un frigo. Tous les efforts de votre science pour préserver votre nourriture, déjoués par des pratiques de nettoyage peu scrupuleuses. J’en rigolerais presque, si j’avais des poumons. Et une gorge. Et… vous voyez l’idée. J’étais donc tranquillou à me dupliquer doucement à 0 °C quand soudain, voilà que la température augmente brusquement : une bouffée d’air à 20 °C rentre, le feu quoi ! De quoi faire une division et demi le temps que cette saleté de compresseur ramène la température à 0. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, voilà qu’on déposait une belle tranche de radis noir sur une petite assiette, des fois que ça m’empêche de pousser dessus. Connaissant le propriétaire du frigo, il serait encore là dans trois semaines – le radis, pas le proprio, suivez un peu ! – ce qui me laisserait amplement le temps d’aller y faire un tour.

Mes prédictions s’avérèrent exactes, comme souvent ! Trois semaines après, je m’étais fait un petit nid cosy douillet dans cet infâme radis. Comprenez-moi : je déteste ça, et objectivement, ce n’est pas bon. C’est amer à vous faire regretter l’IPA et en plus, vous êtes suffisamment stupides pour boire l’un avec l’autre. Mais bon, quand même, ça fait plus à manger que les traces de nourriture laissées sur le plastique. Et surtout, avec un peu de bol, ça me ferait un moyen de sortir de là !

Ce n’est donc absolument pas surpris que je sentis, environ 3 mois après, une main prendre mon assiette – à ce point-là, j’étais plus nombreuse dans l’assiette que ce pauvre radis – et m’emmener dans une cuisine. Je suis coquette, comme bactérie, vous savez ? Je pense que c’est important qu’on ne me sente pas trop venir. Ça facilite les aventures. C’est probablement pourquoi je parvins à être ingérée aussi facilement par celui qui est à présent mon hôte.

Je pense qu’il m’aime bien. Certes, c’est son troisième passage aux toilettes en moins de deux heures, mais avec tous les composés organiques fascinants que je synthétise, il trip comme jamais, et le tout sans aucun risque juridique ! Si seulement il pouvait éviter de boire de l’alcool, ça serait vraiment le grand amour, lui et moi.

En parlant de grand amour, il a l’air très ému, le loulou. Je sens ses petits neurones tout sens-dessus-dessous. Oui, les neurones de l’estomac, pas ceux du cerveau, hein ! On s’entend bien. Vachement mieux qu’avec son système immunitaire, en tout cas. ALAB, comme dirait l’autre.

Les émotions creusant, il semble avoir décidé de se diriger vers le buffet ; et ça, c’est bien. Un petit goulasch des familles me rejoint, déplorablement accompagné de vin. Quelle étrange fascination que la vôtre pour ces déchets de levures ! En plus, je ne sais même pas le fermenter. Le seum.

Ce qui suit devrait vous surprendre, probablement. J’avoue, je suis un peu blasé. Dans vos histoires à base de sorciers, personne n’a jamais la gangrène ; personne ne meurt dans Harry Potter à cause d’un cas de botulisme foudroyant et les seuls malades dans le Seigneur des Anneaux le sont à cause de pouvoirs occultes. Moi, je dis foutaises. Je suis sûre que Boromir a choppé trois fois le tétanos à force de se faire couper par des épées rouillées. Bref, tout ça pour dire, quand mon hôte semble subir les manifestations d’une force surnaturelle, je reste de marbre. C’est dommage pour la nourriture de devenir si peu utilisable si vite, quoi, mais bon, il va me faire quoi, le château ? Me lancer un sort de Javel ? Me jeter un lingot d’uranium à la figure ? Me transformer en assiette et me passer dans le lave-vaisselle ? Peu probable.

Ceci dit, j’aimerais bien savoir pourquoi les perles, quand même.

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3 commentaires

  1. Je suis matrixé, j’étais certain que ça allait être une pièce de Quokka mais pas du tout XD
    Elle est tellement originale ! J’adore le ton employé et le décalage complet avec les autres pièces 2000. Et j’ai tellement rigolé à la provocation envers le Château en mode « je suis une bactérie alors il va me faire quoi ? Hein ? » XD

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