Pièce n°2388
Écrite par Sol'stice
Explorée par Muiri
Je comprends mieux pourquoi elle voulait que je me dépêche, au téléphone. Il y a une fuite dans une des canalisations qui traversent son appartement, et des fumerolles de fumée s’élèvent du seau placé en dessous. La locataire des lieux se tord les mains quand elle explique :
— Il n’est pas à moi ce tuyau ! Il passait déjà là quand je suis arrivée et j’avais jamais eu de soucis, mais là… mais là… olala faites quelque chose ! Je vais jamais récupérer ma caution s’il y a un trou dans mon parquet !
— Je vais voir ce que je peux faire.
Repoussant la plante agrippée à ma sacoche, j’en sors une clé à molette et m’approche de la fuite. L’odeur me brûle aussitôt les narines. Un coup d’œil vers le bas m’apprend que le fond du seau est déjà désintégré dans une profusion de bulles jaunâtres comme le liquide qui s’écoule. Autant pour le parquet et la caution. Et pour ceux qui habitent dessous. Le tuyau percé est vieux, très vieux. Des traces de peinture illisibles marquent le nom de la compagnie à laquelle il appartenait, avant qu’elle ne ferme quand mon grand-père était encore gamin. Désormais uniquement composé de rouille, c’est un miracle qu’il n’ait pas cédé avant.
— Madame, vous feriez mieux de prendre vos affaires et de partir. Je n’ai aucune idée de comment il tient encore, mais ça ne va pas durer et croyez-moi, vous n’avez pas envie d’être là quand tout pètera.
La femme blêmit. Le parquet proteste dans un sifflement d’agonie lorsqu’une deuxième fuite s’ouvre. Le temps que ma cliente rassemble ce qu’il lui faut, des gouttes s’écoulent allègrement tout le long du tuyau et l’odeur âcre est insupportable. Gentiment mais fermement, je la pousse vers la sortie.
— Mais ma caution…
— Vous allez devoir appeler votre proprio, mais votre caution n’est pas vraiment le problème actuellement.
Un inquiétant grincement de métal et un glougloutement démoniaque accompagnent la fermeture de la porte dans notre dos.
Toujours intéressant de lire, en sous-texte, l’influence du monde terrestre sur nos écritures. Je me demande si en relisant cette pièce dans cinq ou dix ans on se rappelera de ce à quoi elle fait référence. Et si cette fuite d’acide est susceptible de traverser les centaines d’étages du Château et de, peut-être, faire plus de dégâts qu’on ne le croirait…
Oula oui non. Je comprends que ce soit difficile à accepter et à réaliser mais effectivement, la caution est le dernier des soucis ici…