Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE DE LA SOURCE D’EAU CHAUDE DE L’HÔTEL SPA
LA PIÈCE DE LA SOURCE D’EAU CHAUDE DE L’HÔTEL SPA

LA PIÈCE DE LA SOURCE D’EAU CHAUDE DE L’HÔTEL SPA

Pièce n°2370
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Quokka

Il fait encore nuit dehors. Il y a des petites lumières le long du chemin pour éviter de tomber par terre. C’est des petites fleurs en forme de clochettes. Boubou et moi on descend les escaliers. Ça ressemble à un escalier sauf que c’est pas des marches, c’est des grosses pierres lisses qui remplacent les marches. Quand on arrive en bas, il y a un bassin taillé dans la pierre. L’eau est tellement chaude qu’elle fume.

Boubou m’aide à enfiler la bouée (apparemment comme je suis trop petit pour m’asseoir dans la piscine, c’est obligatoire). Après, on rentre dans le bain. L’eau arrive dans le bassin grâce à une petite rivière dans de gros bambous coupés en deux.

Ray arrive, il porte un plateau avec des trucs à manger. Il dit que c’est les gens de l’hôtel qui lui ont donné. Après, il enlève ses habits pendant qu’on tourne le dos avec Boubou. Au début, il voulait pas rentrer dans l’eau, mais Boubou a réussi à le convaincre. Il est très pudique.

Ray fait tourner la bouée. Je pense qu’il faisait ça parce qu’il voulait m’embêter, mais c’est très rigolo. Et maintenant, il est obligé de continuer. On est tellement bien que je commence à m’endormir. Ray et Boubou s’envoient la bouée (et moi dedans), et le va-et-vient me donne encore plus envie de faire dodo.

– On est bien, non ? demande Boubou.

– Oui, il fait presque chaud, répond Ray.

– Presque ? dit Boubou.

– J’aurai toujours froid, dit Ray.

Il y a un petit silence. Ils sont vraiment nuls pour faire la discussion. Ou alors Ray est vraiment très fort pour casser l’ambiance. En même temps, quand il a dit qu’il faisait chaud, il avait l’air soulagé. Ray doit être vraiment très fatigué. A force de jouer les gros durs, il a oublié qu’il fallait se RE-PO-SER. Son équilibre vie pro / vie perso est nullissime.

– Tu es arrivé tard, dit Boubou. Tu hésitais à venir ?

– J’ai eu Melvin au téléphone, dit Ray. Apparemment, le B-SIGM-A pense qu’il y a une perle dans le coin. J’ai dû interroger les personnels de l’hôtel, mais personne n’a rien vu. Probablement une fausse piste.

– Ce ne serait pas la première fois qu’ils se trompent, répond Boubou.

Ray doit vraiment aimer les perles. Je note ça dans ma tête pour son anniversaire. D’ailleurs, c’est quand son anniversaire ? Ray reprend :

– Oui mais il se pourrait que le nouveau recruteur hors classe n’ait pas apprécié mes derniers rapports et qu’il nous envoie littéralement enfiler des perles.

– Quoi ? Mais je croyais qu’on avait de supers résultats, s’inquiète Boubou.

Ray soupire. Moi aussi je soupire. J’ai faim. Je vais aller grignoter les trucs du plateau que Ray a ramené.

– C’est pas les résultats, c’est la forme le problème, avoue Ray. J’ai tendance à rédiger les rapports avec… sarcasme. Je sais que c’est complètement con, mais j’ai tellement de colère et de frustration que je ne peux pas m’en empêcher. Je suis désolé, Boubou.

– Mais non, c’est pas grave, le console Boubou pendant que je gobe des grains de raisin. Je ne sais pas ce qu’on ferait sans toi ! Tu gères tout l’administratif, tous les rapports et les contacts avec la hiérarchie, l’inventaire, nos itinéraires, tu nous protèges… Quokka est trop mignon et un génie du recrutement… Au final, dans notre équipe, c’est moi le boulet. Je ne vous sers vraiment à rien.

J’en recracherai presque ma tomate cerise. Boubou a manifestement un égo minuscule, et une estime de lui au sous-sol.

– Wow, wow, wow ! proteste Ray. On parlait de moi, là. C’est quoi ces histoires ?

– Mais c’est vrai, dit Boubou qui commence à pleurer. Sans moi, vous seriez beaucoup plus-

– Boubou, si t’étais pas là, j’aurais complètement pété un plomb depuis longtemps, dit Ray. Tu es essentiel pour mon équilibre nerveux et pour l’équilibre de l’équipe. C’est vrai quoi, sans toi, Quokka et moi on se serait arraché les plumes depuis longtemps.

Non, je l’aurais défoncé parce que je suis super fort en karaté et extrêmement impressionnant. Mais il a un point. Boubou est super cool ! Et c’est mon copain ! Je trottine sur le bord de la piscine jusqu’à Boubou et je lui fais un gros câlin. C’est pas facile avec la bouée, mais ça fait son effet. Ensuite, je resaute dans le bassin en faisant attention à bien éclabousser Ray au passage.

– Je vais te couler, siffle Ray entre ses dents.

Ah ah, même pas peur ! Il peut pas me couler, j’ai une BOUEE. Ça veut dire que je FLOTTE ! Mais par précaution, je vais m’éloigner un peu et me cacher derrière Boubou.

– Merci les copains, dit Boubou en rigolant. Et du coup, c’est quoi cette histoire d’enfilage de perles ?

– Il y a une boutique à l’est au 9e qui vend des perles au poids. Ce crevard de recruteur hors classe – Selvain – veut qu’on aille fouiller là-bas et qu’on ramène au QG celles qui nous semblent anormales. Ils vont les tester et voir s’il y a des perles de vie dans le lot.

– Comment on reconnait une perle de vie ? demande Boubou.

Ray hausse les épaules. Je termine le bol de cacahuètes.

– Je ne sais pas. Ils disent que ça peut briller ou dégager une certaine « aura », mais aussi que ça peut ressembler à rien du tout. La vérité, c’est que Selvain et probablement l’ensemble des chercheurs n’ont aucune idée de leur apparence.

– En tout cas, moi ça me va d’enfiler des perles. Ça peut être drainant le recrutement. Je sais que c’est censé être une punition, mais ça ressemble à des vacances, dit Boubou.

J’attrape un pickle de radis, mais Boubou rugit et me l’arrache des patounes. Après, il jette le bol dans l’herbe.

– Non ! il crie, paniqué.

Relax, c’est un radis. Faut se détendre. Le grignotage, ça aide. Le grignotage de radis par exemple. Il avait l’air très bon ce radis turquoise.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demande Ray, aux aguets.

Il a sorti son couteau à saucisson de nulle part. Il est vraiment névrosé, lui. Pour rappel, on est juste en slips de bain dans ce bassin. Genre, où est-ce qu’il a pu cacher un truc pareil ?

– Ne mange pas ça ! dit Boubou. Il faut qu’on y aille !

Il sort du bain et il se sèche même pas, il remet direct ses fringues. Ray sort de l’eau et m’attrape au passage aussi.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? répète Ray.

– C’est le bec mystère, chuchote Boubou. Les avis ne sont pas loin. Peut-être que ce sont eux qui contrôlent cet hôtel et ils sont de mèche avec les employés ! Ou alors ce n’est qu’une coïncidence et les cuisines s’approvisionnent en becs mystères où la fermentation est ratée ! Dans tous les cas, on ne peut pas rester ici. S’ils me retrouvent, s’ils vous trouvent…

Ray qui a eu le temps de se rhabiller, de m’enlever la bouée, de m’aider à me sécher et à m’habiller pendant que Boubou tremblait tellement qu’il a même pas réussi à passer le bras dans la manche de son tee-shirt, dit un truc que je ne pensais jamais l’entendre dire :

– Relax.

OMG.

– On n’est pas en territoire avis. J’ai vérifié sur la carte. Et j’ai pu utiliser un code promo de l’Ordre pour l’hôtel. Ça veut dire qu’on ne va pas tomber sur des piafs. Je ne sais pas ce qu’est ton bec mystère, mais ce n’est probablement qu’une coïncidence.

Boubou continue quand même de trembler. Ray reprend son sac, il me met sur son épaule et il entraîne Boubou dans la végétation. Je sais pas comment il fait pour voir dans le noir parce qu’on voit vraiment que dalle. Plus on s’éloigne de l’hôtel, et plus il fait sombre. Ray finit par trouver une petite porte et il nous fait sortir du jardin.

– Par contre, il va vraiment falloir que tu m’expliques pourquoi tu as réagi comme ça quand on a parlé des avis, dit Ray.

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