Pièce n°2383
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Balthazar
Fait partie de la saga << < Nougalthazar > >>
– Les Terres de Sable ? je demande à Lim.
Il s’appelle Lim. Le gars aux yeux bleus. Avec ses vêtements couleur sable, il se fond complètement dans le paysage. Nous sommes dans une sorte de tranchée où des poteaux en bois et du géotextile retiennent le sable. Autour de nous, une dizaine d’hommes qui pointent un fusil vers l’horizon.
Je suis en plein milieu d’un conflit armé.
Le genre de trucs qui ne devraient pas arriver quand on est parisien et qu’on ne va pas bêtement voyager dans des pays à risque. Moi je n’ai jamais quitté la France. Le plus loin où je suis allé, c’était à Belle-Île-en-mer, et c’était encore l’hexagone. Qu’est-ce que je fous ici ???
Ils ont dû m’enlever dans ce château et m’emmener ici. Je sais que j’étais nul en géographie au lycée, mais les Terres de Sable, ça ne me dit rien du tout. Lim me fait signe de le suivre, et le flingue à sa ceinture me dissuade de discuter.
– Un ensemble de pièces mouvantes du château qui sont disputées par l’Ordre, la Résistance et deux trois autres factions. Des tentes, des bunkers, ou juste du sable à perte de vue. Et tu croirais que c’est une seule pièce, mais non, des fois tu marches un mètre plus loin et bam c’est une autre pièce. Histoire de cadastre. Bref, les Terres de Sable. Il y a beaucoup de ressources très intéressantes, comme du pétrole, des artéfacts, l’edvieh… Et peut-être le Cœur, même si ce n’est probablement qu’une rumeur.
– Attendez… On est encore dans le château ? Mais c’est impossible, je bredouille. On est en plein désert !
Et c’est vrai, à perte de vue, autour de nous, il n’y a que du sable. Lim se retourne vers moi et j’ai l’impression de lire de la compassion dans ses yeux, comme s’il venait de comprendre que c’était à lui de m’annoncer, et de vraiment m’annoncer, ce que c’était que ce foutoir.
– On ne peut pas quitter le château. Donc nous sommes toujours dans le château. Mais c’est très grand ici. Beaucoup de pièces. On n’en a jamais fait le tour. Tu ne vas pas te sentir à l’étroit. Et parmi nombreuses pièces, il y en a des très normales, de taille respectable, des chambres, des bureaux, des cagibis, mais il y en a aussi qui ne ressemblent pas à des pièces. Des déserts, des océans, des coeurs de volcans… Et je ne sais pas d’où tu viens, tu viens d’où ? dit Lim.
– Paris, je souffle.
– Paris, il répète comme si ça ne lui disait absolument rien. Eh bien, le château est à la croisée des mondes. Donc on y trouve un peu de chaque monde. Des gnomes, des nains, des magiciens, des sorciers, des cyclops… Il y a un peu de chaque époque, de chaque planète, livre, univers, prophétie… Et toi, tu es rentré là-dedans, et tu vas devoir y rester.
– Non, je proteste.
– Et dans toute cette merde, il y a le Château, avec un C majuscule. Moi je l’appelle le Monstre, comme ça, ça prête moins à confusion. C’est une sorte de magicien dégénéré, qui officiellement ne fait qu’un avec ce tas de pierres qu’est le château et officieusement c’est un peu plus compliqué. Mais je vois que tu es déjà très confus et je ne vais pas complexifier la chose. Donc, le Château – le Monstre, tu suis ? – n’aime pas trop les gens comme toi et moi qui rentrons dans son château. C’est un peu une violation de domicile, tu vois ? Sauf que la réponse est complètement disproportionnée, et au mieux il nous tue, au pire il nous torture et il nous fait vivre des trucs bien pires que la mort. Par exemple, il nous tue, et après il nous fait revivre, pour mieux nous retuer. Ou alors, il nous enferme dans nos cauchemars pour l’éternité. Et évidemment, il y a aussi l’esclavage, le travail forcé…
Je me sens un peu faible. Lim m’attrape par le bras et continue d’avancer, il jette régulièrement des coups d’oeil inquiets à sa montre. Et ça, ça me rassure encore moins.
– Le Monstre a une sorte d’armée/gouvernement/mafia à sa disposition, qui s’appelle l’Ordre. Ces gens-là nous traquent sans merci. Ils recrutent des gens comme nous en échange d’une prétendue protection s’ils trahissent leurs semblables, ou alors des habitants du château, et je ne saurais pas dire la différence entre eux et nous parce que OK, certains sont nés ici donc peut-être qu’il y a un droit du sol, mais pour les autres, ça reste des migrants. Donc pourquoi est-ce que nous, on n’a pas le droit de vivre alors qu’eux sont tolérés, je ne sais pas. Face à eux, il y a la Résistance, aka moi et d’autres gens. Comme ton vétérinaire d’ailleurs ! Et on t’a sauvé la vie, de rien. C’est sûr, pour l’instant, on est une petite organisation, mais on va pas se laisser marcher dessus par le Monstre, hein !
On arrive au bout de la tranchée. J’ai la tête qui tourne.
– Bon, il faut qu’on y aille, parce que les Echos vont arriver dans deux minutes si leur Télétransporteur ne fait pas des siennes, et crois-moi, on n’a pas envie de les croiser.
– Les Echos ? je demande.
– C’est une sorte d’armée d’élite qui obéit au Fils. Ah oui, pardon : en gros le Monstre a trois fils. Son aîné est une brute, c’est lui qui contrôle les Echos et un paquet de forces armées de l’Ordre. C’est un peu le bras droit du Monstre, ou à défaut son bras gauche. Les deux autres sont un peu brouillés avec leur daron, on essaie d’exfiltrer le plus jeune. On parlait de quoi, déjà ? Les Echos : ils sont au moins 50 d’après nos informants, et c’est un peu l’élite de l’élite. Parce qu’on va pas se mentir, dans les armées de l’Ordre, y’a quand même de sacrés blaireaux. Déjà, je sais pas où ils les choppent leurs soldats, mais la moitié a même pas l’air d’avoir 20 ans. Mais ensuite, ils sont pour la plupart bien nuls. Heureusement d’ailleurs, parce que sinon on serait déjà tous morts. Mais il y a les Echos. Et eux, c’est pas de la gnognotte. C’est des… Comment on pourrait dire ? Des monstres. Même dans leurs rangs, les autres soldats les appellent des bloodshed makers. Fais gaffe où tu marches, c’est miné. ça nous réjouissait pas de faire ça, mais avec leur Général machin-truc qui a industrialisé la guerre, on était un peu obligés de monter au créneau. Tu sais comment ils l’appellent lui, dans leurs rangs ? Le bombmaker. Je sais, c’est beaucoup d’anglais, mais ils parlent pas mal anglais, chez eux. Tu parles anglais, toi ? Ou castellain ? Bref, place-toi au centre du cercle, j’arrive. Zeïd, envoie-nous en A2-DP14-C7, steup’ !
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Super intéressant comme pièce ! Elle permet de faire un joli rappel des règles du Château et de ce qu’il s’y passe. Je l’ai déjà évoqué mais curieux de découvrir le fameux edvieh ainsi que le Cœur.