Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CANTINE DE BORD DE MER
LA CANTINE DE BORD DE MER

LA CANTINE DE BORD DE MER

Pièce n°2431
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Balthazar
Fait partie de la saga << < Nougalthazar > >>

Cette pièce ressemble au magasin que j’ai quitté tout à l’heure. La nuit est tombée mais les vagues frappent contre les murs et les vitres. Le sol émet un grincement sinistre quand je marche dessus. Si le magasin était chaleureux, ici l’atmosphère est sombre et suspicieuse. Je voudrais porter le coquillage contre mon oreille, vérifier que Nougat va bien mais on me regarde d’un air douteux.

– I prendra quoi l’étranger ?

Un homme m’attrape brusquement par l’épaule et me force à m’asseoir au bar. La table est crasseuse. Des oignons tressés pendent au-dessus de ma tête, accrochés par grappes à des clous. Je ne sais pas s’il est possible d’empailler un homard, mais une carapace aux reflets bleutés d’au moins un mètre de long est accrochée sur le mur derrière le commerçant.

Il n’y a pas de menu. Tout le monde semble manger la même soupe de poisson. Les clients me jettent des regards mauvais. J’arrive à le voir malgré l’obscurité. L’hostilité est luisante sur leurs visages.

– Un plat du jour, s’il vous plaît, je tente.

L’aubergiste pose brutalement un bol en terre cuite devant moi. Je goûte. C’est ignoble. Une tête de crevette me regarde avec ses grands yeux morts. Elle baigne dans la tâche d’huile sombre à la surface, telle un animal mazouté par la marée noire. Je suppose que la carotte ocre dans mon assiette est la version cuite du trésor sucré que j’ai croqué tout à l’heure. Le goût est atroce.

– Spécialité locale. Avec de l’oseille sanguine du coin, dit l’aubergiste.

Je force un sourire mais je ne parviens pas à finir mon bol. Je donnerais n’importe quoi pour une plâtrée de coquillettes au lieu de cette immondice. L’homme ne me fait pas payer.

– On aime pas trop les gens comme toi, ici, il dit.

Je m’attendais à ce qu’il dise « on n’aime pas trop les étrangers », mais il ajoute :

– Les étrangers beaux.

C’est vrai que je suis très beau, mais je ne comprends pas pourquoi ça provoque une telle hostilité.

– La sortie, c’est par où ? je demande.

Il pointe du doigt une porte en bois flotté. Je prends congé sans demander mon reste.

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