Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA GROTTE OÙ ON SURVEILLE NOS POURSUIVANTS
LA GROTTE OÙ ON SURVEILLE NOS POURSUIVANTS

LA GROTTE OÙ ON SURVEILLE NOS POURSUIVANTS

Pièce n°2476
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre

— Nous allons nous reposer ici, je souffle en m’aidant de ma canne pour m’asseoir sur le sol.

Mes jambes me font mal. Ces longues heures de marche ont réveillé les douleurs dans mes articulations ainsi que dans le bas de mon dos. L’impression d’être un vieillard fini ne me quitte pas, encore plus en voyant Cracotte gambader joyeusement autour des parois de la grotte.

— Partenaire ! Eh, Partenaire ?

— Hum ?

Je m’efforce de ne pas le rabrouer tandis qu’il tapote sa patte contre ma main et me désigne une prairie au loin.

— Je suis sûr que je pourrais trouver des bonbons là-bas. Je t’en ramène dix ou vingt ?

— Non.

— Boh, comme tu veux.

Déjà, il s’apprête à filer mais je le retiens en l’agrippant par le cou avec l’arrondi de ma canne. La fleur au sommet de son béret se tend aussitôt dans ma direction.

— Non, on ne sort pas d’ici.

— Mais… les bonbons…

— Les carottes attendront. Au cas où je devrais vous le rappeler, mon brave, nous sommes poursuivis. Et tant que je ne saurai pas par qui, il est hors de question de vous perdre un seul instant de vue.

— Parce que t’as peur que les méchants, ils me fassent du mal ?

— Je…

— C’est ça, hein, Partenaire ? T’as peur pour moi ? Tu t’inquiètes ? Oh, c’est super trop gentil ça. Je vais aller te chercher des bonbons pour te remercier.

— Pas de carottes, je répète en le ramenant vers moi, manquant de l’étrangler au passage. On reste ici. On profite d’avoir une vue dégagée pour surveiller cette fichue prairie. Et lorsque nos poursuivants se montreront…

J’accompagne mes propos d’un geste des plus élégants de la canne tandis que Cracotte en profite pour retrouver sa respiration.

— Est-ce que c’est compris ? je lui demande.

— Je crois bien. Mais juste pour être sûr… quand on aura étranglé les méchants… je pourrais aller chercher des bonbons ?

— Mon brave, vous êtes la personne la plus épuisante que j’aie jamais eu l’occasion de rencontrer.

Avant que Cracotte, qui ouvre déjà la bouche, ne puisse répondre, j’abaisse mon chapeau devant mes yeux.

— Si mes calculs sont bons, et ils le sont, nous avons un peu d’avance. Surveillez quand même l’horizon pendant que je me repose. Je prends le second tour de garde. Au moindre problème…

— Je te préviens, Partenaire ! Parole de lapin ! Tu peux me faire confiance.

Heureusement que mon chapeau dissimule mon air sceptique.

— C’est ça, c’est ça.

Les yeux lourds, je ferme mes paupières et m’endors.

***

— Partenaire ? Partenaire ?!

J’ouvre un œil, esquisse une grimace tandis que Cracotte bondit sur moi.

— Auriez-vous l’obligeance de me laisser dormir ?

— Mais Partenaire… c’est… on est pas bien du tout…

Quelque chose dans sa voix, plus que dans ses paroles, me force à émerger. Je me redresse d’un bond, renversant mon compagnon au passage, et embrasse la situation d’un regard. La grotte a changé. Plus étroite, plus sombre, plus confinée qu’avant. La prairie qui lui faisait face n’est plus visible, l’entrée bouchée par une racine géante aussi dure que du béton au toucher. Cette même racine se retrouve tout autour de nous, nous encercle, nous étouffe. Je me tourne vers Cracotte, lève immédiatement les yeux vers son béret.

— C’est elle qui fait ça, je souffle en distinguant tant bien que mal la fleur qui surplombe son couvre-chef.

Il place aussitôt une patte protectrice devant elle.

— Elle croyait bien faire ! On a vu les méchants au loin et je voulais te réveiller mais elle a été plus rapide. Au moins comme ça, on est sûrs qu’ils nous feront pas de mal, hein ? Même si c’est un peu dommage pour les bonbons.

— Elle croyait bien faire ? je demande en lissant mes moustaches. Et notre très chère protectrice a-t-elle réfléchi à comment nous allons sortir d’ici maintenant que notre seule issue est bouchée ?

Mon compagnon ne répond pas tout de suite. Il hésite, se dandine d’une patte à l’autre puis murmure :

— Peut-être… peut-être qu’on aurait pas dû venir ici, d’abord. Tu sais, plutôt chercher un endroit avec deux sorties.

Ma canne me démange. Mais plutôt que de la briser sur le crâne de mon désagréable Partenaire, je frappe les racines de la fleur. Cette dernière se dresse en écho. Perchée sur le béret de Cracotte, elle me lance un regard assassin. Du moins, c’est l’impression que me donne son expression.

Je frappe de nouveau ses racines. Cette fois, la fleur se tend vers moi et je sens bouger sous mes pieds. Il n’en faut pas davantage pour me convaincre. Je me tourne vers Cracotte.

— Mon brave, je ne pensais jamais dire cela un jour mais je n’ai d’autre choix que de compter sur vous. Essayez de ne pas empirer la situation, vous voulez bien ?

Cracotte n’a pas le temps de me répondre. Avec toute la force que mon corps fatigué peut rassembler, je lève ma canne et l’abats sur les racines.

Boum.

La racine bouge à toute vitesse, libérant la sortie et laissant de nouveau filtrer la lumière de l’extérieur dans la grotte. J’ai le temps d’esquisser un sourire. Puis la racine me frappe en plein visage et je perds connaissance.

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