Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE PRESSING OU JE RÉCUPÈRE LES VÊTEMENTS DU PR. PLUMEFER
LE PRESSING OU JE RÉCUPÈRE LES VÊTEMENTS DU PR. PLUMEFER

LE PRESSING OU JE RÉCUPÈRE LES VÊTEMENTS DU PR. PLUMEFER

Pièce n°2412
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Selen

Je n’ai presque pas dormi de la nuit, malgré le parapatapamol. Ce matin, j’avais la peau terne et des cernes énormes. Comme chaque matin depuis que je travaille pour le Pr Plumefer – ou plutôt depuis que je suis tombé amoureux du Pr Plumefer mais les deux moments sont très proches – je prête une grande attention à ma skincare et à mon fit vestimentaire. Dans un monde parfait, son regard accrocherait le mien grâce à mon ombre à paupières argentée et il serait sous le charme de ma peau parfaite, de mes cheveux brillants et ondulés. Il verrait aussi que mon outfit est professionnel mais flatteur.

Pour l’instant, ce n’est pas un monde parfait mais désespérer, ça fait vieillir, alors je préfère rester dans le déni. Je décide de mettre mon haut marinière et mon pantalon marine en lin. Un trait de khol bleu foncé met en valeur mes magnifiques yeux roses. Après ce fit-check digne d’un début de romance Wattpad (on a tous des plaisirs coupables, et vous ne pouvez pas me juger, ma vie est suffisamment merdique pour que j’ai le droit de me détendre en lisant ce genre de trucs), je vais au travail.

Aujourd’hui est une grosse journée, surtout quand on est l’assistant n°3 du Pr Plumefer. Je me précipite au pressing pour récupérer ses costumes ainsi que ses draps et ses serviettes parfaitement repassés. Il est très high maintenance, mais je l’aime comme ça. Le pressing est mon enfer personnel. Je n’aime pas y aller. Ce qui me dérange, ce n’est pas que la pièce est remplie de colis du sol au plafond, ni la queue interminable, ni encore l’odeur de vinaigre. Ce qui m’agace, c’est qu’à chaque fois que je viens, ils se trompent dans les commandes. Maintenant, je dois vérifier chaque paquet pour vérifier que j’ai bien le bon manteau et les bons costumes. Une fois, ils ont oublié son foulard en soie. Heureusement, je suis très méticuleux et comme je stalke le Pr. Plumefer, je sais exactement ce qu’il porte.

Ça prend juste des heures de tout vérifier. Et j’ai mal à la cheville. Je ne peux pas me permettre de suivre les recommandations du docteur, pas si je tiens à mon travail, et je tiens à mon travail. Il est nul, mais il me permet au moins de voir de temps en temps l’amour de ma vie. Lorsque j’arrive au pressing, la queue est déjà très longue. Qu’est-ce qu’ils fichent tous ici un mardi matin au lieu d’aller travailler ?

Une plante carnivore gobe une mouche juste à côté de moi. Celle-ci est particulièrement vive, et manque de croquer l’oreille du client derrière moi. Le sol est glissant. Le ménage vient d’être fait. L’odeur m’écoeure, un mélange de vinaigre et d’humidité jamais partie. Je n’ai pas encore mangé ce matin. Souvent, je mange une barre de céréales en arrivant au bureau que Tem me garde de côté. Je serais peut-être mort plusieurs fois de faim sans Tem. C’est vraiment un très bon assistant n°2.

La radio dans le fond diffuse un programme en catalan. Je viens suffisamment ici pour reconnaître la langue quand je l’entends, ainsi que cette pub insupportable d’électroménager. Plus je m’avance du comptoir et plus le son est fort. Une personne trois mètres derrière moi hurle de douleur. Un méfait de la plante carnivore sans doute. Kiki. C’est écrit sur le pot. Mon sursaut me fait m’appuyer davantage que je le souhaitais sur ma cheville blessée.

C’est mon tour. Je commence la danse habituelle : “ce n’est pas le bon manteau”. “Il manque un bouton”. Le drap n’a pas été repassé correctement”. “Où est la pochette en soie ?”. Quand j’ai fini, il s’est écoulé une demi heure. Je plie sous le poids des vêtements. Je reçois une notification. Trois vibrations courtes, suivies d’une longue. Mon coeur palpite. C’est le Pr. Plumefer. Avec difficulté, je sors mon téléphone de ma poche. Il faut que j’aille d’urgence “réceptionner un radis”. Je cours presque vers la sortie, malgré mon encombrement et la douleur.

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