Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE RESTAURANT AVEC UNE SEULE TABLE
LE RESTAURANT AVEC UNE SEULE TABLE

LE RESTAURANT AVEC UNE SEULE TABLE

Pièce n°2420
Écrite par Sol'stice
Explorée par Sam

 Ma chute reprend là où elle en était, à mi-parcours à travers l’encadrement de la porte, comme si le temps s’était arrêté quand j’ai cessé de compter. Je grogne à cette pensée autant qu’au choc sur le sol, inévitable. La fiole d’Elie tinte en percutant les pavés mais heureusement ne se brise pas. Je reste allongé là quelques instants. Cinq, six respirations. Sept respirations. La fatigue qui m’assaillait a disparu, avalée par le rêve du bal tempête. Ce n’est pas elle qui me cloue à terre, ma lyre glissant par-dessus mon épaule, la fiole d’Elie me rentrant dans les côtes. Douze respirations. Le poids dans ma main fermée est bien plus lourd. Le poids d’un passé, d’un futur et d’un présent mélangés, aux frontières brouillées. Lourd des larmes et des regrets qu’il suscite, des convoitises qu’il attise. Je refuse d’écarter mes doigts tachés de guacamole, de laisser s’en échapper l’éclat du petit coquillage rose attrapé par erreur lors de ma fuite du restaurant, de révéler la perle ronde et nacrée qui pulse contre ma paume. Elle ne devrait pas être là, ramassée dans un temps qui n’existe pas. Je n’ai pas plus de légitimité qu’elle à être là, le mien n’existe plus non plus.
 — Ça suffit, grondé-je en me relevant.
 J’ai déjà eu des centaines de fois ces réflexions, je me suis déjà posé les mille mêmes questions. Je ne suis pas d’humeur à recommencer. Elle est trop sombre pour ça. J’ai dû perdre le compte de mes respirations quelque part, les nuages se sont amassés sans que je ne m’en rende compte. Le poing fermé sur le petit coquillage et la précieuse perle, je cherche la sortie. Il y a une porte, là-bas, de l’autre côté de la table unique plantée au milieu de la pièce. Le couvert pour deux personnes est dressé, sur une nappe lisse et blanche. En passant à côté, j’essuie le guacamole dessus, étale du vert, froisse le tissu. Je ne me sens pas désolé.
 — Viens, on y va, El’.
 Dans son eau trouble, Elie approuve.

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Un commentaire

  1. Je trouve le début très poétique. Particulièrement cette phrase, que j’aime beaucoup « Le poids d’un passé, d’un futur et d’un présent mélangés, aux frontières brouillées. »
    Pas bien par contre de s’essuyer les mains sur la nappe XD

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