Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PLACE CENTRALE DE LA VILLE ENVAHIE PAR LES PLANTES  
LA PLACE CENTRALE DE LA VILLE ENVAHIE PAR LES PLANTES  

LA PLACE CENTRALE DE LA VILLE ENVAHIE PAR LES PLANTES  

Pièce n°2514
Écrite par Didou
Explorée par Détective Poivre

Les plantes sont partout. Elles grimpent le long des façades des bâtiments, percent les trottoirs, envahissent les rues. À chaque pas, mes semelles crissent sous une racine que j’écrase et plus d’une fois, l’une d’elles s’est dressée pour me menacer. Rien qu’un coup de canne bien senti ne puisse régler.

Il n’empêche que la situation est préoccupante. Si l’invasion est la même dans tout le Château, et j’ai de fortes raisons de soupçonner que ce soit effectivement le cas, nous allons avoir fort à faire. L’Ordre pour faire du ménage dans tout ça. Moi pour en découvrir la source.

Hum, les prochaines semaines vont être mouvementées. Et au lieu de m’y préparer, je pourchasse un stupide lapin avec une stupide fleur sur son béret. J’abats ma canne sur une racine et grimace lorsque mes articulations protestent. Peut-être me fais-je vraiment trop vieux après tout.

— Balivernes, je lance à haute voix avant de me pencher pour identifier une empreinte de pattes à peine visible dans le sol parsemé de terre. Combien auraient réussi à suivre une telle trace ? Combien hormis ce brave Détective Poivre ?

Je me lisse la moustache et, ma confiance retrouvée, suis la piste de Cracotte. Evidemment, mon très cher Partenaire a le chic pour se placer dans les pires des situations.

Lorsque j’arrive sur la place centrale de la ville, celle-ci est déjà sous le contrôle des plantes. Des racines immenses font ployer les monuments : fontaine, grande roue et statues. Une forte odeur de bois et d’herbe s’en dégage. Au milieu du chaos ambiant, un lapin se tient face à la végétation, une carotte dans sa patte et une fleur juchée sur un béret devant lui.

Même de ma position, je peux voir que Cracotte tremble et que sa très chère fleur, dressée face aux plantes, n’en mène pas large.

— La peur sied mal à un gentleman, je lance en m’avançant dans leur direction.

Une dizaine de racines se dressent aussitôt. Des fleurs multicolores braquent leurs pétales vers moi et je veux bien accepter de porter des bretelles si je ne vois pas du soulagement dans le disque central de celle de Cracotte.

— Un accueil des plus chaleureux, je grogne en faisant de nouveau un pas en avant.

— C’est… c’est toi, Partenaire ?

Cracotte ne se retourne pas. La fleur, elle, continue de me fixer.

— Elles… elles ont essayé de nous attaquer, continue mon Partenaire d’une voix tremblante. Je sais pas pourquoi, on a rien fait de mal, rien du tout. Et maintenant… et maintenant… je veux pas la perdre !  

C’était donc bien ça.

Je fais tournoyer ma canne, embrasse la situation d’un regard. De toute évidence, Cracotte n’a pas été le bienvenu ici. La fleur a dû tenter de le protéger mais face à tant d’ennemis…

Je dévisage cette dernière, resserre ma poigne sur ma canne.

— Mon brave, sachez que je ne vous demanderai jamais pardon pour ça. En retour, vous n’aurez jamais besoin de me remercier.

Cracotte ne comprend qu’au dernier instant et son premier réflexe n’est pas de s’enfuir mais de laisser tomber sa carotte au pied de sa fleur. Il tend ensuite une patte vers elle. Avant que ma canne ne l’agrippe à la poitrine et le force à reculer.

— Non ! Non ! Non ! Laisse-moi, laisse-moi !

Mais ses protestations sont inutiles. Je le serre fort contre moi et, alors que le son d’une bataille me parvient, m’enfuis aussi vite que mes articulations me le permettent.

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