Pièce n°2626
Écrite par Didou
Pièce du Casteltober 2026 - Jour 27 : Exotique
— Es-tu la citrouille qui a disparu ?
Finesse et subtilité. Voilà ce que j’avais demandé à mon compagnon tandis qu’après une nouvelle course-poursuite dans la cour, il était parvenu à enfermer la citrouille à l’intérieur du bureau. Celle-ci avait péniblement accepté de se prêter au jeu de l’interrogatoire et seule l’intervention de Salomon, qui lui avait assuré que tout serait pour le mieux après ça, l’avait convaincue de cesser toute rébellion.
— Je suis une citrouille, affirme-t-elle. Et j’ai disparu un temps.
— Peut-être pourriez-vous nous en dire plus ? m’empressé-je d’intervenir avant que Cracotte, les oreilles dressées de fierté, ne conclue l’enquête.
Le sourire de la citrouille s’affaisse et se transforme en une grimace terrifiante. En même temps, une lueur argentée s’allume dans les cavités vides de ses yeux.
— Je vois pas ce qu’il y a d’autre à raconter.
— Par exemple où vous trouviez-vous avant cet endroit ?
— Ou si tu es un espion, enchaine Cracotte. Et aussi où tu as caché la recette des jus de bonbons. Je peux fouiller ici ?
Je l’empêche, une seconde avant qu’il ne soit trop tard, de mettre sa patte à l’intérieur de la citrouille et m’efforce de conserver mon calme.
— Mon brave. Le Détective Cracotte et moi-même avons été engagés pour retrouver une citrouille. Notre client, un petit garçon des plus charmants, menté-je, y tient plus que tout.
— Pouah, il est même pas charmant, me contredit Cracotte. Tu te rappelles pas qu’il a été méchant avec nous, Partenaire ?
— Comprenez donc notre espoir, continué-je, ignorant l’intervention de mon compagnon, en vous découvrant ici. Vous, une citrouille des plus…
« Originales ? Exotiques ? »
— Intéressantes, conclué-je, finalement.
— Parce que je parle et que je marche ?
— Précisément.
Un silence accueille ma remarque, bientôt brisé par la citrouille.
— Je suis pas celle que vous cherchez.
— Pourtant, mon compagnon et moi-même pensons le contraire. Savez-vous pourquoi ?
Je lève un sourcil, donnant ainsi l’occasion à Cracotte de reprendre la parole et de mener jusqu’au bout son enquête.
— Parce que tu t’es enfui ! Et qu’il y a que les coupables qui fuient.
— Cela, et parce que vous présentez des traces de brûlures sur le bas de votre corps. La terre où se trouvait la citrouille que nous recherchons a justement été vitrifiée. Votre envergure semble correspondre également et si je puis me permettre…
Je me penche en avant, afin de plonger mon regard dans celui vide de la citrouille.
— Il y a quelque chose au fond de vos yeux qui vous trahit.
L’autre se dégage d’un bond en arrière. Il parait sur le point de répliquer mais je sors alors le carnet de cuir de mon manteau et le fais claquer contre la table.
— Je crois que ceci vous appartient. Je crois… Détective Cracotte, que croyons-nous ?
— Je…
Déboussolé, Cracotte secoue la tête. Il hésite, hésite encore et trouve l’illumination avec un bond jusqu’au plafond.
— Je te laisse dire ce qu’on pense, Partenaire.
Pas vraiment ce que j’espérais mais plutôt malin. J’adresse une courbette à mon compagnon, courbette que je regrette aussitôt lorsque mon dos craque puis reporte toute mon attention sur la citrouille.
— Bien. Alors voilà ce qu’il en est. Je crois que vous n’êtes pas une citrouille depuis longtemps. Je crois que vous étiez un magicien, un magicien peut-être un peu trop doué. Je crois que vous avez tenté de réaliser le rêve que tout homme a un jour caressé. La vie éternelle. Je crois que vous avez capturé un vampire, je crois que vous aviez en tête de prendre possession de son corps. Je crois que vous avez changé d’avis. Que votre cœur s’est tourné vers une citrouille, une citrouille à laquelle vous tenez, que vous avez achetée il y a des années de ça et que vous avez maintenue en excellent état tout ce temps grâce à votre magie. Je crois que vous avez transplanté votre esprit dans sa coquille vide puis que vous vous êtes enfui. Je crois, mon brave, que ce faisant, vous avez abandonné votre fils.
Je laisse passer quelques secondes, le temps pour mes mots de faire effet, puis me tourne vers Salomon.
— Vous le protégez parce qu’il est un cas unique pour un nécromancien. Mais…
— Je le protège parce qu’il est mon ami ! Et contrairement à ce que vous pensez, vous n’avez rien compris. Le vrai danger, c’est… attention !
Une déflagration envahit le bureau. Puis celui-ci explose.
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