Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE MARCHÉ ENTRE DEUX MONTAGNES
LE MARCHÉ ENTRE DEUX MONTAGNES

LE MARCHÉ ENTRE DEUX MONTAGNES

Pièce n°2628
Écrite par Quokka Cola

Pièce du Casteltober 2026 - Jour 26 : Analogue

 Je commence à ranger mon étal. En fin de marché, il y a souvent des gens qui viennent négocier parce qu’ils savent que la plupart des marchands n’aiment pas s’embarrasser avec des produits périssables sur les bras. Ce n’est pas mon cas. Je vends du thé, des grains de café, des épices et autres produits analogues. Ça se conserve sans trop se sujets. J’adresse un sourire aimable au marchand à côté de moi, Don, qui vend fruits et légumes frais. Frais, c’est un peu exagéré comme adjectif. Le trajet jusqu’ici les a rapprochés de la fin. Son âne aussi n’a pas l’air très frais. Il ne passera pas l’été. Ou l’hiver. De toute façon, il n’y a pas vraiment de saison ici.

Le marché est entre deux blocs montagneux, tout en longueur, dans un creux formé il y a plusieurs centaines d’années par un tremblement de terre et un « crac ». C’est ce qui se raconte, je n’invente rien. Surtout le « crac ». Les conteurs insistent sur le « crac ». Des toiles ont été tendues entre les parois et suspendues par des crochets dans la roche. Cela nous protège du soleil pendant le marché qui se tient deux fois par mois.

Étonnamment, il y a souvent du monde. On sous-estime le nombre de personnes parcourant les Terres de Sable. Nomades, locaux et villages entiers sur les routes depuis qu’ils ont été chassés par l’Ordre, soldats en itinérance maintenant l’ordre, artisans et ouvriers, miniers et éleveurs reconvertis cherchant de l’edvieh et le cœur.

Un soldat vient vérifier mes papiers m’autorisant à circuler, puis vérifie ensuite mon autorisation de transport et de vente de marchandises. Plus loin, Lo et Lim tapent la discussion à Don. Ils négocient pour acheter son stock de fruits au rabais. Ils ont le visage masqué par un foulard, mais je les reconnaîtrais n’importe où. Leur posture peut-être. Les yeux bleus de Lim passent furtivement sur moi et il sourit légèrement.

Lorsqu’ils arrivent à mon stand, je fais mine de leur faire goûter le thé.

– Votre nuit a été productive, j’imagine. Je n’ai jamais vu Lo autant sourire avant, je chuchote.

– Très productive, confirme Lo et il agite un petit trousseau de clés.

– Qu’est-ce que c’est ?

Il se penche vers moi et passe sa main dans les feuilles de thé. Je la repousse. Il est encore en train de me saloper la marchandise. C’est peut-être une couverture pour mon activité de résistant, mais il faut quand même que je puisse tenir jusqu’à la fin du mois.

– Ce sont des clés pour contrôler les aiguillages. Normalement, tout se contrôle à distance, mais il y a toujours moyen de faire bouger l’aiguille sur place, en cas de pépin. Généralement, une clé protège l’équipement. La clé est rangée dans une boîte avec un code, pas très loin de l’aiguillage, explique Lim.

– Tu t’y connais bien, je dis impressionné.

– Le manuel était abandonné sur les rails. Et on finit par saisir deux ou trois trucs quand on sabote un chantier depuis plus d’un an, dit Lo.

– La boîte à code permet de protéger la clé, et donc d’empêcher les sabotages, explique Lim.

– On pourrait imaginer que quelqu’un veuille dévier un train, dit Lo.

– Ou une machine, complète Lim.

– C’est pour ça qu’il y a un code, dit Lo.

– Un code difficile à trouver, dit Lim.

– Les combinaisons possibles sont infinies, dit Lo.

– Évidemment, c’est plus simple quand le code est écrit sur la boîte au marqueur, dit Lim.

Je ris.

– Arrête, tu plaisantes…

– Pas du tout, dit Lim. Les ouvriers l’ont fait pour ne pas avoir à le chercher quand ils bossent sur l’aiguillage.

– C’est plus simple pour nous aussi, dit Lo.

– C’est une faille de sécurité, dit Lim. Très exploitable.

– On en a fait bon usage, dit Lo.

– Il faudra peut-être qu’on leur envoie une carte de remerciements, dit Lim.

Il boit une gorgée de thé. J’ai arrêté de ranger ma marchandise pour les écouter. Je recommence quand une patrouille passe à côté de mon stand. Lo et Lim font mine de s’intéresser à ce que je vends, et Lo attrape l’un de mes fruits séchés avant de le reposer. Je grince des dents. Qui sait où il est allé traîner ses mains ?

– Tu fais quelque chose demain ? me demande Lim.

– Je suis sur la route, pourquoi ?

– On lance une opération pour regonfler la trésorerie de la Résistance des Terres de Sable, dit Lo.

– Ça va t’intéresser, ajoute Lim.

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Un commentaire

  1. Haha, ils me font toujours autant rire ces deux-là. Je n’ose imaginer les conséquences si les grosses têtes découvrent que leur code ultra-sécurisé est écrit en gros sur les boites, certaines personnes de l’Ordre doivent être en train de trembler ^^

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