Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE GRAND HALL VIDE POUR CAUSE DE DÉVER-MINAGE
LE GRAND HALL VIDE POUR CAUSE DE DÉVER-MINAGE

LE GRAND HALL VIDE POUR CAUSE DE DÉVER-MINAGE

Pièce n°2039
Écrite par Sol'stice
Explorée par Oscar C. T. Obre

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 7 : propagation

 Le silence et les trois pas en avant que nous faisons librement me font froncer les sourcils. Nous devrions être compressés par la foule pressée et malpolie, incapables de nous entendre à travers son brouhaha, je devrais nous ouvrir le passage de mes coudes et de mon autorité. Seulement, il n’y a personne. Rien que d’étranges rubans rouge et blanc en travers de l’immense pièce, quadrillant irrégulièrement le sol. Or, il n’y a jamais, et je dis bien jamais, personne dans le grand hall. Le carrefour de toutes les destinations ! Le passage obligé pour qui veut se déplacer et a un tant soit peu de logique.
 — Est-ce que tout va bien ?
 Je me reprends aussitôt. Il est hors de question que mes états d’âme deviennent le fardeau de celui dont j’ai la charge. Je revêts l’expression professionnelle dont je n’aurais jamais dû me séparer et me charge de le rassurer :
 — Ne vous inquiétez pas, seulement un léger imprévu.
 Ma déontologie m’interdit de lui en dire plus et je profite de la vue inhabituellement dégagée pour repérer le couloir que nous devons emprunter parmi la centaine qui rayonne autour de la pièce ronde. Il est exactement là où je m’attendais à le trouver, le panneau doré accroché au-dessus me confirmant mon intuition. Toutefois, et à mon plus grand déplaisir, je n’ai pas fait deux pas dans sa direction, sur le point de franchir le premier ruban qui nous barre la route, que je me fais interrompre.
 — Non, n’avancez pas !
 Je laisse échapper un soupir agacé.
 — Quoi, qu’est-ce qu’il y a ?
 Les pas pressés d’un individu en combinaison jaune intégrale résonnent sous la voûte de verre. Il court vers nous en longeant les bords, s’allongeant inutilement le trajet, et secoue les bras, paniqué.
 — N’avancez surtout pas ! C’est dangereux, la pièce est fermée, vous n’auriez pas dû pouvoir entrer ici.
 Sa déclaration me fait croiser les bras de contrariété.
 — Je ne crois pas que qui que ce soit soit en mesure de m’interdire de me rendre nulle part. Veuillez décliner votre identité et cesser de nous importuner.
 Et je bombe ostensiblement la poitrine pour mettre en valeur la plaque sur ma poitrine. L’individu encombinaisonné y jette un regard trop bref pour le respect qu’il devrait y porter.
 — Le service de déver-minage. Je suis désolé mais je suis dans l’obligation de vous empêcher de passer. Question de sécurité. L’alerte a été lancée ce matin et nous ne rouvrirons le passage que lorsque le dernier ver-mine aura été éradiqué.
Je me renfrogne. Encore un imprévu. Les ver-mines ! Il ne manquait plus que ça !
 — Excusez-moi, mais c’est quoi, un ver-mine ? demande celui dont j’ai la charge avec hésitation.
 — Une saloperie, répond vulgairement l’individu encombinaisonné. Une toute petite bestiole qui peut se faufiler n’importe où et qui se multiplie très vite. En quelques heures, il y en a partout ! Et quand tu marches dessus, BAM ! ça explose !
 Il claque des mains pour ponctuer sa démonstration, faisant sursauter celui dont j’ai la charge. Ce dernier écarquille les yeux avant de froncer les sourcils.
 — Ah ouais quand même… Mais si je suis déjà mort, je crains rien, non ?
 — C’est plus compliqué que ça, le contredis-je sans entrer dans les détails de son statut post-mortem car ce n’est ni l’heure, ni le moment. Et donc, je fais quoi moi ? Je dois me rendre à l’atelier des artefacts, comment je fais si je ne peux pas aller là-bas ?
 L’individu encombinaisonné se tourne pour voir la sortie que je pointe, tout à fait de l’autre côté, avant de pointer celle à côté de la porte de l’ascenseur.
 — Bah… vous pouvez prendre celle-là. C’est la seule accessible dans le périmètre sécurisé. Elle vous y amènera aussi, même si ça vous fera faire un petit détour.
 Je manque de m’étrangler. Un petit détour ?! Il n’y a bien que le danger des ver-mines qui m’empêcher de traverser le hall à grands pas sur-le-champ. J’adresse un signe de tête sec à l’individu tout de jaune vêtu et fait signe à celui dont j’ai la charge que nous allons emprunter la porte indiquée, même si cela me réjouit guère.
 — Bon courage, souhaité-je avant de sortir.
 Parce que l’ingratitude ne fait pas partie de mes défauts.

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