Pièce n°2130
Écrite par Sol'stice
Explorée par Oscar C. T. Obre
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 31 : fantôme
Il est curieux de marcher à nouveau seul après avoir tant parcouru, tant fait de détours à deux. Je ne comprends pas cette soudaine solitude. Elle n’était écrite dans aucun des manuels. Personne ne m’en a parlé. Pourtant elle est là, et prend toute la place que celui dont j’avais la charge ne prend plus. J’ai accompagné ma mère, et mon grand-père aussi, lors de leurs missions, mais c’est la première fois que je ressens une telle chose. Peut-être est-ce dû au fait que ce soit ma première mission en solitaire. Il faudra que je me renseigne. Je l’indique également dans mon rapport que je conclus, l’esprit un peu absent, sur le coin d’une des tables prévues à cet effet. J’inscris la conclusion de ma mission, et dans la case dédiée aux retours plus précis, j’ajoute : sentiment de solutide inattendu après le départ de l’âme en peine. C’est partiellement erroné, ce n’était déjà plus une âme en peine du moment qu’il a signé son contrat chez les Recruteurs, et cette imprécision me chafouine, mais je n’ai pas la place d’apporter une correction. Je considère que le court intervalle de temps entre la signature et son départ est suffisamment restreint pour que la compréhension ne soit pas altérée. Tout en bas, je renseigne la durée de la mission, convertie dans les différentes unités de mesure étant donné les décalages horaires entre les pièces que nous avons dû traversé, bien plus nombreuses que les prévisions et que les moyennes recensées. Heureusement, peu importe l’unité et malgré tous les détours et contretemps, elle ne dépasse jamais la date de péremption des âmes en peine, ce qui, en plus d’être sacrément fâcheux pour celui dont j’avais la garde, aurait entraîné une quantité d’administratif supplémentaire dont je me passe volontiers. Une fois toutes les informations correctement renseignées, je pose le stylo, plie le document et le scelle de la cire de la bougie prévue à cet effet. J’imprime sur cette dernière, avant qu’elle ne refroidisse et ne se solidifie, l’empreinte de la plaque sur ma poitrine, apposant ainsi ma signature. O. C. T. Obre. Ma toute première signature à mon nom, même si ce dernier est tronqué. Je glisse le pli scellé dans la fente dédiée et gagne la sortie. Je sais que la porte me guidera là où je dois aller, puisque telle est sa mission. En abaissant la poignée, je m’interroge. Me serais-je trompé d’orientation ? Aurais-je mieux fait de me convertir en fantôme ? Aurais-je ainsi mieux convenu à l’étrange vide qui m’étreint et que je ne comprends pas ? Je n’ai lu nulle part la réponse. Il faudra que je le signale.