Pièce n°2104
Écrite par un gars
Explorée par Zilos
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 24 : ver
La cloche, grave. Encore.
Mes pieds butent contre les mêmes racines, foulent les mêmes herbes, s’interrompent encore lorsque l’humain s’arrête de nouveau pour examiner la Lune avec perplexité.
Qu’Enceth me regarde et m’envoie sa miséricorde, je ne comprends rien à l’humour étrange de cette forêt. Et la sensation d’être encore observé n’arrange rien ni à mon agacement, ni à mes inquiétudes.
« Mon ami, marchez tout droit. Ne me regardez pas. »
Je ne l’ai pas vu arriver, mais l’humain s’est particulièrement approché de mon oreille pour me chuchoter cette mise en garde. Je reprends le même sentier que les deux fois précédentes, tous mes sens à l’affut. Mais sur la Terre, le vent ne souffle pas la présence des êtres vivants autour de soi, il tournoie, insidieux, indifférent, sans donner d’indice.
« Prenez un pas lourd. Fouillez le sol du pied. On cherche un passage. »
« Quel genre ? » je souffle, préoccupé.
« Une trappe. Du bois creux. Ou autre chose. »
Je marche drôlement, il me semble. Les jambes parfois arquées, les pieds parfois en pointe, je tâte, je tapote, j’éprouve le sol végétal à la recherche d’une quelconque anomalie. Dans ma vision périphérique, les silhouettes noires se révèlent doucement, révèlent aussi que leurs mains sont armées. Qu’est-ce que c’est que cette folie… La feuille en castellain, pliée en quatre dans l’étui dans l’écrin dans la besace à mon épaule, me paraît si lourde.
« Traînez pas. » L’humain reste assez calme, plus que ce que j’aurais pensé. C’est le moment que mon corps choisit pour traîner ma jambe sur un faux plat, qui me surprend par le son drôlement creux qu’il produit.
« Comment vous saviez… »
« Maintenant. »
L’humain se baisse déjà, déblaie les herbes les plus hautes. Trois figures s’avancent vers nous à une dizaine de mètres seulement, encore exemptes du joug de l’astre terrien. De petites lumières rouges, une chacune, frémissent à leur taille.
Un bruit métallique, et l’humain retourne un verrou coulissant à cent quatre vingt degrés. Je constate la planche brune, d’un bois amoché par le temps, grignoté par la mousse et rongé par les vers.
Ce sont des mouches qu’il nous faudrait maintenant. Toute une volée de mouches.
Il saute. Je le suis.
Mouais, je ne sais pas comment toute cela va finir mais ça ne sent quand même pas bon pour nos deux aventuriers.