Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CABANE, AU FOND DU JARDIN
LA CABANE, AU FOND DU JARDIN

LA CABANE, AU FOND DU JARDIN

Pièce n°2132
Écrite par un gars
Explorée par Zilos

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 31 : fantôme

L’intérieur à la forme d’un salon, une cheminée au mur du fond dont le panneau de verre est ouvert. La vieille humaine,
Kalaksingidah, y dépose un segment de bûche, avant de se tourner vers nous, le visage paré sans discontinuer d’un léger sourire.

« De belles habitations, mais il y fait un peu frisquet. Tu ne trouves pas Zilos ? »

« Ça ne me gêne pas. Comme vous voulez. »

Je crois comprendre que « frisquet » est une variante argotique de « froid ». En tout cas, c’est vrai, la pièce est jolie. Sur les murs de bois, des rideaux opaques colorés enveloppent les fenêtres, et quelques cadres de paysages enneigés, peut-être s’agit-il du jardin dehors, rendent eux aussi le lieu plus agréable.

« Assieds toi, vas-y. »

Kalaksingidah m’indique l’un des trois fauteuils molletonnés sur les côtés de la pièce. Chacun est accompagné d’une petite commode en bois, surmontée de porte-plume et papiers blancs, ainsi que d’un cercle de bois fin semblant idéal pour accueillir une boisson chaude. Gerjan a le temps de s’assoir sans ménagement pour le mobilier, avant que je ne me décide enfin à m’installer sur l’un des fauteuils. De mon point de vue, je découvre que la pièce se poursuit plus loin dans un coin derrière la cheminée.

« Que sais-tu du Château, finalement ? »

Je réfléchis un instant à la question de la vieille humaine, mais peu de choses me viennent.

« C’est un bâtiment assez grand, avec suffisamment d’espaces différents pour être représentatif de la population, des mœurs et et la biodiversité humaine. Enfin c’est ce que j’ai compris dans l’étude du Comité. »

« Assez grand, c’est le cas de le dire ! »

Tetitian apparaît soudain, à la suite de son exclamation, de derrière la cheminée, tenant à deux mains un plateau rempli de boissons fumantes et de coupelles de fruits. Les prunes violettes y côtoient d’autres variantes jaunes et vertes.

« Mais ceux qui t’ont parlé de « représentativité » se sont sacrément trompés. »

Je ne suis pas étonné d’apprendre que les quelques erreurs dans les paramètres vont aussi avec des méprises sur le fonctionnement du monde.

« Tiens. » L’humain moustachu me tend une infusion. « Mélisse, copeaux d’orange, et une pincée de safran. »

J’enserre la tasse brûlante entre mes mains tandis que Tetitian sert tout le monde.

« Nous habitons ici, » reprend la vieille humaine. « Gerjan et Tetitian s’y sont retrouvés par malheur ou par mégarde, et en ce qui me concerne, cela fait un peu plus longtemps. Les collines sous l’eau font partie de la région que nous fréquentons, mais elle est peu à peu rongée par des habitants peu scrupuleux. »

« Y a de tout ici, » désamorce Gerjan, « en fait t’étais mal barré pour ta liste parce que dans le Château, tu peux trouver un paquet de gens qui vient de loin. »

« Des Azurites, c’est possible ? »

Cela expliquerait des choses. Les deux humaines se posent la question d’un regard, puis Gerjan hausse les épaules.

« Pas entendu parler. Mais des elfes, des nains, ou même des morts-vivants, des fantômes, des anges et des démons… Vraiment, y a de tout. »

« Mais aujourd’hui, on peut commencer une étude d’un tout autre genre. » Kalaksingidah prends la parole calmement, ses mains enserrées autour de l’infusion safranée. « Tu peux ouvrir le premier tiroir à côté de toi, il y a un classeur vert. C’est pour toi. »

Je pose ma tasse sur le dessous circulaire, et tire la poignée de la commode. J’en sors effectivement un classeur assez épais, titré dans une langue que je ne connais pas. Tetitian se redresse spontanément.

« C’est encore du castellain, mais d’usage, cette fois. Il est écrit « traductions. »

« Oh. »

Je desserre la sangle qui garde le classeur fermé, et ouvre sur un empilement colossal de feuilles, tantôt brunes, tantôt ocres, tantôt d’un blanc immaculé. Je retrouve, sur les premières, les écritures en vieux castellain, et d’autres en azurite. Ma curiosité piquée, je feuillette plus loin, pour ne trouver que toujours plus de documents, et souvent d’autres calligraphies.

« Voilà l’immensité du travail. » Statue la vieille humaine. « Tous ces documents sont des doublons, voire triplons, en castellain primitif, en azurite, et parfois en castellain usuel. Grâce à toi, si tu es partant, nous allons pouvoir traduire énormément de choses, peut-être compiler un véritable alphabet, et passer à l’action. »

Les caractères s’assemblent déjà devant mes yeux comme un code de symboles étrange. Je mets côte à côte deux papiers, et repère de premières similitudes malgré des graphies complètement étrangères l’une à l’autre. Je lève finalement la tête, pour découvrir que les trois humains me regardent avec amusement.

« Euh, hum. Quelle action ? »

« Reprendre le contrôle d’une partie du Château ! » Clame Gerjan avec un sourire conquérant.

Je hausse un sourcil devant l’enthousiasme de l’ouvrière pour ce qui ressemble à une guerre de territoire.

« Uniquement la partie qui nous revient de droit. Et nous ne te demanderons pas de te mettre dans des situations dangereuses, seulement de nous aider avec ces traductions. Il y a là des lettres et des traités qui pourraient jouer en notre faveur. »

Tetitian appuie l’explication de Kalaksingidah avec un franc hocher de tête, avant de se lever d’un bond.

« Justement ! J’oubliais, je t’ai mis ça de côté. »

Du bas de ma commode, l’humain moustachu sort un petit pot en verre, dans lequel virevoltent une bonne dizaine de mouches. Je souris.

« Je ne vois pas comment tu procèdes, pour les élever, tout ça, » ajoute Tetitian en retournant le bocal, « mais je me suis dit que tu saurais. »

Je reçois le bocal de mouches qu’il me tend, et observe les mouvements aléatoires des insectes à l’intérieur, puis le classeur immense, puis les trois humains. Avec en tête l’étrange promesse de Kalaksingidah, je me rends compte que je ne m’inquiète pas d’Azur, ni de la revoir un jour. J’y retournerai.

Ici, j’ai de nouvelles choses à découvrir, pour de bon cette fois.

Tout ceci s’annonce aussi complexe qu’intrigant.

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