Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE HANGAR DES BAGAGES PERDUS
LE HANGAR DES BAGAGES PERDUS

LE HANGAR DES BAGAGES PERDUS

Pièce n°2179
Écrite par Sol'stice
Explorée par Sam

 Un bâillement me décroche la mâchoire. Les yeux plissés, la lumière, brute et crue, de puissants éclairages suspendus au plafond m’éblouit. Quand je me redresse, mon manteau glisse et tombe au sol. Je me déplie, le ramasse, l’époussette et le jette en travers de mon épaule en regardant autour de moi. Des caisses et des valises qui s’empilent en blocs plus ou moins réguliers, jusqu’aussi loin que mon regard peut porter. Un hangar à bagages ? Je renifle, dubitatif, et éternue dans la poussière. Un hangar à bagages abandonnés. En me penchant un peu, je distingue des tampons sur les étiquettes qui pendent des poignées, des autocollants placardés sur les côtés. Leurs couleurs sont délavées. Pas que je reconnaisse l’écriture, restée lisible, pour autant. Les écritures. Il y en a plusieurs, comme si s’étaient retrouvés là les bagages perdus des mondes entiers sans que personne ne vienne jamais les chercher. 
 — Ça me va bien, non, d’être un bagage perdu, tu ne trouves pas, El’ ?
 Ma voix est curieusement éraillée. Depuis combien de temps n’ai-je pas parlé ? Combien de temps ai-je dormi ? Pas assez apparemment, le seul qui pourrait me répondre n’est pas là. J’attrape la flasque pendue à ma ceinture, la lève à hauteur d’yeux.
 — Hein, t’en penses quoi ?
 Dans sa bulle d’eau, Elie tourne lentement sur lui-même en agitant ses tentacules. L’eau est claire. Je humhume. À l’image de mon esprit. Ce doit être le matin. Ça m’arrange, ça m’aurait chagriné de me réveiller morose, ça viendra bien assez tôt. Elie s’arrête de tourner, son œil en face du mien.
 — Tu crois qu’on l’a eu notre train, et qu’c’est comme ça qu’on s’est retrouvés là ? demandé-je encore. 
 Il se souvient toujours mieux que moi, mais il parle encore moins que moi. Ça me va, de faire la conversation pour deux. J’en ai l’habitude. Pensif, je raccroche Elie à ma ceinture, me tapote le ventre. Est-ce que j’ai faim ? En me concentrant, un peu. S’il me faut un objectif, trouver à manger en constitue un, et sortir d’ici en est la première étape.
 Au carrefour de plusieurs blocs de bagages, je pivote sur moi-même sans voir ce qui pourrait se rapprocher d’une porte. Dans quelle gare ai-je pu arriver pour qu’elle ait un dépôt aussi grand ? En me mettant en route au hasard, je me marmonne encore, entre l’amusement et l’agacement :
 — Ils devaient être quand même un peu bouchés pour me confondre avec une valise…

Sam > >>

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