Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE CLICHÉ DE RESTAURANT MEXICAIN
LE CLICHÉ DE RESTAURANT MEXICAIN

LE CLICHÉ DE RESTAURANT MEXICAIN

Pièce n°2188
Écrite par Sol'stice
Explorée par Sam

 Il m’a fallu des milliers de pas avant d’atteindre la sortie du hangar, retrouver ma lyre a failli m’en faire perdre le compte. J’ai rendu à mon instrument de musique la place qui est la sienne, accroché dans mon dos, le saluant d’un sifflement. Il m’a rendu trois notes et une pile de bagages s’est effondrée, réduite en poussière. J’ai emporté de cette dernière avec moi, malgré moi, en passant la porte. Elle ne saurait pour autant ternir les jaune, vert, rouge, qui me sautent au visage, si vifs après les couleurs délavées du hangar. La musique elle aussi contraste, trop forte en comparaison du silence uniquement ponctué de mes pas sur le sol métallique. Elle résonne à travers les hauts-parleurs de mauvaise qualité sur les rangées de chaises et de tables vides.
 Il n’y a que la place du fond qui semble occupée, celle juste devant la fresque qui prend tout le mur. Cette dernière me met mal à l’aise. Deux cactus en peinture m’observent, le premier affublé d’une moustache et d’un sombrero, un banjo calé entre les branches qui lui servent de bras, le second entortillé dans les froufrous absurdes d’une immense robe rouge. Je ricane nerveusement, m’approche avec la sensation qu’il me suivent de leurs regards vides. Des guirlandes de crânes en papier crépon pendent du plafond m’obligent à me baisser.
 Tout est trop vide, trop désert, trop figé. Le seul témoin du temps qui passe est la musique grésillante, une caricature de mariachi aux trompettes en contre-temps. J’ai oublié de compter les secondes.
 Sur la table du fond, il y a un plateau et un sombrero en chips de tortillas. Le bord de ce dernier est cassé, le guacamole qu’il contenait s’est répandu sur le plateau, noyant ce qui s’y trouvait. Juste à côté, passé sur un lacet, un coquillage rose. Il est posé là, trop en évidence pour être honnête. Je le soulève néanmoins, en admire les détails nacrés. Une fausse note de plus sort des hauts-parleurs. Le cactus a l’air de me regarder avec désapprobation. Je ne doute pas qu’Elie aussi, si je baissais les yeux. En maugréant, je le repose, trempe mon doigt dans le guacamole. Curieusement, malgré tous les pas comptés, la faim n’a pas plus creusé mon ventre qu’à mon réveil. Par contre la fatigue… J’étouffe un bâillement, agacé.
 — Oh non, pas déjà…
 Mes paupières se font lourdes, comme tout mon corps à tenir debout. Je vacille, me rattrape au bord de la table. Je ne veux pas m’endormir maintenant ! Encore moins là, dans une mauvaise parodie de restaurant mexicain qui sent la friture plus que les épices. Je titube contre le mur le plus proche, mon seul soutien pour rester encore debout, le longe jusqu’à un trou. Une porte. Je m’écroule au travers.

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