Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE PASSAGE ENTRE LES RÉALITÉS
LE PASSAGE ENTRE LES RÉALITÉS

LE PASSAGE ENTRE LES RÉALITÉS

Pièce n°2271
Écrite par Najcha
Explorée par Isil

J’ouvre les yeux ; l’espace qui m’entoure m’enferme et m’étouffe. Sombre, presque noir, l’air y est rare, et il me semble que les limites de la pièce se trouvent à quelques millimètres de mon visage seulement : j’expire à peine que mon souffle chaud revient me chatouiller les joues. Je me sens coincée.
Je tends le cou et rencontre en effet un obstacle. Granuleux, moelleux, mon nez s’y enfonce mais s’arrête presque aussitôt, freiné par un objet dur, derrière la paroi. Une surface moelleuse… chaude… à l’odeur familière, difficile à décrire tant elle est pour moi une évidence… c’est ma peau ! Ma peau et, devant elle, le tissu de ce bon vieux pantalon de toile, que j’ai hérité de Najea ! Je redresse brusquement mon cou – pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt – et me cogne le crâne contre le mur contre lequel j’étais recroquevillée. Aïe. Les limites initiales que j’avais trouvées à cette « pièce » étaient autrement plus confortables.

Je suis installée à l’extrémité d’une galerie rocheuse, qui s’élève en triangle au-dessus de ma tête. La pénombre rend son issue invisible. Çà et là, je distingue néanmoins quelques îlots de lumière, dont il m’est impossible de discerner la source.
J’ai retrouvé mes vêtements ordinaires. Pantalon, godillots à toute épreuve, veste, écharpe et surtout, ma besace. Je l’ouvre : tout semble à sa place. Seule luit, à côté d’une petite paire de ciseaux étonnamment pointue, une perle nacrée. N’était-ce donc pas un rêve ? Enfoui plus loin, je repère le coquillage, qui ne m’a pas quittée. Et à mon cou, une chaîne – je sens son poids à présent. Mes doigts suivent son chemin, se glissent dans l’échancrure de mon col et, caché au creux de ma poitrine, en saisissent le pendentif. Je le sors de sa cachette et l’observe : c’est bien la boussole détraquée. Son aiguille pointe le tunnel qui me fait face, comme une promesse. Je me redresse, vérifie que je n’ai rien égaré et m’engage sur le chemin. D’aucuns diraient que j’accorde à ce grigri une confiance teintée de superstition. Les autres se contenteraient de noter qu’il s’agit de la seule issue actuellement visible.

Les parois inclinées encadrent d’abord mon visage, mes épaules effleurant la pierre, comme si elle avait été taillée pour mon passage – mais à mesure que je progresse dans le tunnel, elles s’élèvent, libérant mes mouvements. Le sol aussi s’incline. La pente tire sur mes chevilles (quelle condition physique déplorable !), mon souffle s’accélère. Je parviens finalement au premier halo de lumière. Je lève la tête vers sa source, m’attendant à trouver une lucarne ou un puits. C’est plus étonnant que cela : il s’agit d’un losange creusé dans la pierre, identique à ceux dans lesquels la pièce précédente s’était diffractée, me séparant d’Etincelle et des convives. Éblouissant, il forme comme une fenêtre sur une autre pièce, où j’entrevois une prêtresse bovine en son temple, accueillant une jeune femme.
Je ne les entends pas. Je ne peux que voir les expressions affables de l’officiante, ses gestes englobants et les mimiques impliquées de la visiteuse.
Les deux femmes disparaissent finalement par une petite porte. L’image hésite un instant ; deux fissures craquellent la porte ; les brèches fusent, se multiplient, s’organisent. D’un coup, l’image n’est plus qu’un millier de losanges, qui s’éteignent en cœur. Je cligne les yeux face à la pénombre. Plus loin, d’autres losanges éclairent le sol, d’autres pièces sans doute. Je m’approche à grands pas.

L’ouverture suivante est plus imposante. Haute des deux-tiers de ma taille, j’aurais presque envie de faire un pas à l’intérieur… si le paysage qu’elle m’offrait n’était pas quelque peu décourageant. Une exploratrice seule, coincée dans ce qui semble être le cœur d’une cucurbitacée géante, en train d’éplucher sa prison de l’intérieur. Peu enviable. D’autant qu’elle finit par percer la peau de sa courge carcérale, qui se fissure aussitôt et me plonge dans le noir.

Je poursuis ma route. J’observe plusieurs losanges s’atomiser à mon approche, quand d’autres s’allument au loin. Le sentier grimpe sans discontinuer, l’horizon toujours repoussé. Où trouverais-je la sortie ? songé-je en m’arrêtant devant une petite ouverture.
Contrairement aux précédentes, je ne repère pas d’explorateur à l’intérieur. Seulement une maison qui s’élève dans la roche, sinueuse, prétentieuse. Une demeure… familière.

J’approche mes doigts pour en suivre le pourtour. Ils effleurent la paroi, qui crépite, frémit et, au lieu de se disloquer, s’étend dans toutes les directions jusqu’à m’entourer.

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2 commentaires

  1. Elle est géniale cette pièce ! J’adore le principe de ces ouvertures au travers des autres pièces, je suis juste un peu triste qu’on en voit pas davantage, tu aurais pu en décrire des dizaines d’autres sans que je m’en lasse XD
    Celle avec la courge est tellement originale ^^
    Et je suis content aussi de retrouver le fameux médaillon détraqué, en espérant qu’il conduise Isil jusqu’à Etincelle !

    1. J’écris très lentement (et peu fréquemment) alors j’essaie de ne pas passer six mois par pièce ;-; Pour le coup le contenu des ouvertures n’est pas de mon invention, tu peux retrouver la vache prêtresse dans « LA CHAPELLE MULTICOLORE » de Harry Queaut et la pièce courge dans « L’EPLUCHE-PIECE » d’Alké !
      Et oui, nous verrons bien pour ce médaillon…

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