Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE OÙ JE RESET LA LIGNE Y
LA PIÈCE OÙ JE RESET LA LIGNE Y

LA PIÈCE OÙ JE RESET LA LIGNE Y

Pièce n°2333
Écrite par xyloforce

Soudain, je l’entends. Cette mélodie maléfique venue du fond des âges ne peut signifier qu’une chose…

Je suis pris dans les phares. C’est elle. La ligne Y. La rame vient de phaser devant moi et bascule de droite à gauche en rythme. J’ai quelques dizaines de secondes pour y grimper avant qu’elle ne déphase… mais en ai-je seulement envie ? Le tunnel n’a pas l’air accueillant, mais au moins, il est constant.

Voyez-vous, mon cher collègue qui a rénové la ligne en dernier était un grand fan de techno. C’est donc naturellement que, quand il a dû choisir le son pour synchroniser le moteur de phase de la MC26, il a opté pour Crabe rave. Je ne juge pas ses goûts musicaux (ou peut-être un peu) mais je pense que quelque chose qui secoue autant n’est pas idéal pour une bonne expérience de transit, qu’il soit intestinal ou urbain.

Dans un élan de folie, je monte. La chanson se termine et la rame se déplace dans l’axe �. Oui, vous avez bien lu, l’axe �, la 5ème dimension – ni x, y, z, ou t. Bien positionner les points de phasage et de déphasage fut un des plus grands chantiers de la ligne Y : rien de plus désagréable que de phaser brusquement dans un mur, surtout s’il est porteur et qu’il entraîne l’effondrement de la station, de la tour de bureaux et du dracoport situés au-dessus. Néanmoins, cet aspect-là fut réglé… à peu près correctement.

La station suivante approche. Le temps passe différemment, dans la dimension �, ce qui est avantageux pour les grandes distances. Mais puisque nous entrons à nouveau dans notre plan de réalité, j’ai une chance de reset cette foutue ligne et de choisir une chanson un peu plus appropriée.

Le panneau de commande est, selon mon manuel de 15000 pages qui ne me quitte jamais (j’ai des grandes poches), dans le wagon du milieu. Ça va être particulièrement désagréable… En effet, notre plan à peine atteint, la rame commence à danser. A droite, à gauche, ça va encore, je peux m’accrocher. Puis brutalement, elle se redresse, me laissant suspendu à la barre, les deux pieds dans le vide. Un journal qui traînait sur une banquette vient se coller à ma tête, m’aveuglant complètement. Je n’ai décidément aucun swag aujourd’hui.

Je réfléchis à lâcher la barre pour tenter de m’accrocher plus bas, plus près de mon objectif, quand la rame se retourne complètement. Cette fois-ci, rien ne me retient et je vais manger joyeusement le fond, suivi par une canette qui n’était malheureusement pas vide. Le journal, lui, se désagrège vicieusement dans la mixture de sang et de cola. Ça va décidemment comme un lundi.

Fort heureusement, la rame finit par opter pour balloter à droite & à gauche, ce qui me donne un peu plus de chances de me déplacer. Je me ramasse, me redresse et entreprends de rejoindre le milieu de la rame. Il y aurait bien quelque chose qui pourrait m’aider, mais je ne sais pas si cette rame en est équipée… Soudain, mon regard accroche ce que je cherche. « Besoin de classe ? Brisez la glace ! ». Le logo néon clignotant à paillettes d’un kit de style d’urgence me redonne espoir. D’un coup de manuel, je brise la vitre et m’empare de ce qu’elle protégeait. J’ajuste mes lunettes de soleil dans le miroir, nettoie toutes les traces de sang, de papier et de cola renversés qui maculent mon visage et récupère enfin ma perfection naturelle.

Comme dirait ma couz, tellement je slay le temps se fige. Pendant que la voix désincarnée proclame mon titre et mon trait caractéristique – Carmen, resetteur de pièces. Traits particuliers : préfère les bonbons au réglisse aux Régalades dégueulasses – j’accède au panneau de contrôle et change rapidos les paramètres. Hop, un petit lac des cygnes, ça devrait être plus dansant.

Le temps reprend son cours normal et la rame valse. Me sentant bien plus en sécurité, et ayant affirmé la supériorité de mes goûts musicaux, je descends dans la station. Le panneau est, de façon inhabituelle, gravé dans un bloc de pierre noire massif, et je ne comprends rien au langage qui y écrit. Heureusement, un de mes prédécesseurs prévenants a écrit au marqueur à côté, et avec une petite flèche pour être plus clair, le nom de la station : « L’Echelle du temps ».

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2 commentaires

    1. j’avoue que j’avais besoin d’une explication sur pourquoi cette ligne particulière danse (c’est juste que du coup c’est la ligne Y parce qu’elle te met en Y), si tu veux développer sur ce thème fais toi plaisir, j’ai pas prévu grand-chose à ce sujet ^^

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