Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
L’ENTRÉE QUI EST AUSSI UNE SALLE DE BAIN
L’ENTRÉE QUI EST AUSSI UNE SALLE DE BAIN

L’ENTRÉE QUI EST AUSSI UNE SALLE DE BAIN

Pièce n°2345
Écrite par Najcha
Explorée par Isil

[La Maiprison sous la falaise]

La porte se referme sur moi et je me sens étouffer. Dans ma gorge, comme un appel d’air. L’humidité tapisse mes muqueuses. La condensation, imbibée d’une odeur chimique, m’agresse les narines. Elle charrie des tons acres et glacials qui composent un drôle de parfum, simulacre de virilité. Je cligne des yeux pour adapter ma vue à la pénombre. La moiteur m’a déstabilisée, si bien qu’il me faut quelques instants pour prendre conscience de l’instabilité du sol. Je foule un paillasson monumental, dont les picots rugueux s’entrelacent en frises, à la façon d’un tapis de bain.
Devant le paillasson, un porte-manteau me barre la route. Je m’accroche à ma veste malgré la chaleur étouffante : je n’ai rien à lui offrir. Je refuse d’être considérée hôte d’une maison aux abords si hostiles. Alors que j’esquisse un pas de côté, les branches du perroquet s’étirent dans ma direction. Leur ombre me surplombe, comme des serres prêtes à se refermer sur moi. Je frissonne.
Aussi vindicatif soit-il, il ne me semble heureusement pas en mesure de me poursuivre. Un pas… deux… trois… me voilà hors de sa portée. Je m’éloigne enfin, détourne la tête et
je crie.

Il y a quelqu’un. Au-delà de la brume formée par la condensation, derrière cette vitre que je n’avais pas remarquée auparavant. Deux yeux. Écarquillés. Qui me regardent.
Il crie. Je crie aussi.
Je ne le vois pas, à cause de la buée, de la condensation, des montagnes de mousse qui s’appesantissent. Je ne le vois pas, il y a seulement ses deux yeux, ouverts au néant.
Je pourrais craindre un démon, prêt à me voler ce corps que je me suis à peine appropriée, mais ces yeux ne veulent pas m’aspirer. Dans leurs tressautements, je sens au contraire qu’ils ne rêvent que d’une chose : me repousser.
Mon cri meurt au fond de ma gorge. Je n’ai plus assez d’air pour hurler. Alors, je prends mes jambes à mon cou et je m’enfuis, en direction de la première porte que je crois apercevoir, à gauche d’un lavabo aux faïences décolorées.

Quel architecte a pu être assez tordu pour construire une cabine de douche au cœur de l’entrée de cette maison ?

Alors que je passe le pas de la porte, je ne rêve que d’une chose : me débarrasser de cette image. Je la sens pourtant s’imprimer dans ma rétine – brûlante. Les deux yeux, la buée, la condensation qui étouffe la pièce et, sur le porte-savon, le fameux gel douche Vesuvia – lave intense. Simulacre de virilité.

<< < Isil

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Un commentaire

  1. Oh bruh, elle est flippante cette pièce. Dès le début l’ambiance est lourde, dangereuse et ça ne va qu’en s’empirant avec les fameux yeux ouverts sur le néant. J’ai cru d’ailleurs que c’était le reflet d’Isil au début comme leurs gestes se faisaient en miroir ^^

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