Pièce n°2488
Écrite par Didou
Explorée par Armelle
En compagnie de Hadrian
Fait partie de la saga << < Vent de Révolte
— Ça devient n’importe quoi !
Je fulmine alors qu’une nouvelle entaille laisse couler un liquide chaud le long de mon bras. Sur ma gauche, Hadrian tente de me calmer mais sa tentative est coupée par un grognement de douleur.
— On doit lui faire confiance, insiste-t-il pourtant, sa voix rendue plus grave par la souffrance. Maelie sait ce qu’elle fait.
— Elle croit savoir, je nuance. Et ce ne sont pas ses connaissances que je mets en doute mais sa stratégie.
J’écarte les bras, geste un peu stupide qui me vaut une coupure, une de plus, à la main et tonne :
— Tant pis pour les foutues peintures hypnotiques. On s’en sortira jamais à l’aveugle.
— Attends !
Trop tard. Ras-le-bol d’être le jouet du Château ou celui de Maelie. Je cherche les médaillons à mon cou pour me donner du courage puis j’ouvre les yeux.
Je ne sais pas trop ce à quoi je m’attendais. Quelques hiéroglyphes aux murs peut-être. Des dessins préhistoriques aux contours flous. Un sortilège dans une langue ancienne. La vérité est bien plus fascinante.
Hadrian et moi sommes dans une grotte aux parois exiguës, tout juste assez large pour que trois personnes y tiennent de front, sur lesquelles est peinte une fresque grandiose. Un instant, je reste sans voix, fascinée, incapable d’appréhender dans son entièreté le bout d’histoire qui nous est ainsi conté.
— Armelle ? s’inquiète Hadrian. Armelle, je t’en supplie, dis-moi que tu n’as pas ouvert les yeux.
— Je vais bien.
À pas lents, je m’approche d’une paroi et en effleure la surface. La scène qui est représentée, avec des couleurs si vives, si intenses, qu’elles semblent prêtes à quitter leur prison de roche, est celle d’une armée de nains agenouillée face à un serpent immense. L’unique œil de ce dernier est orné d’une émeraude à l’éclat chatoyant, lumière qui suffit à éclairer l’intégralité de la grotte. Le général nain, celui que j’identifie comme tel à cause de son armure, plus imposante que les autres, tient une étrange boite dorée entre ses mains qu’il présente à la créature en guise d’offrande.
Je veux toucher le coffret du bout des doigts mais recule d’un bond en criant tandis qu’une ombre s’échappe de la peinture et me mord la main.
— Armelle !
— Je… je vais bien, je souffle. C’était…
Un serpent. Des centaines, des milliers de serpents cachés au milieu de la peinture. Autour du cou des nains, dans le repli de leurs armures, au sein même du corps géant de leur semblable.
Mon cœur manque un battement.
La peinture est si réaliste, les couleurs si vivantes qu’il m’est difficile de discerner les vrais reptiles des faux.
— Armelle, qu’est-ce qu’il se passe ?
— Rien, je… Maelie s’est trompée. Les peintures ne nous font pas perdre l’esprit. Tu peux ouvrir les yeux.
L’hésitation de Hadrian est palpable. Pourtant, sa curiosité finit par prendre le dessus et il consent à m’obéir.
— Fais attention aux serpents, je le préviens. Ce sont eux la cause de tout ça, j’ajoute en montrant mon bras, duquel s’écoule toujours une trainée de sang. Ils mordent.
Mais Hadrian ne m’écoute plus. Complètement hypnotisé, il fixe le serpent géant et je frémis lorsqu’il s’avance dans sa direction.
— Eh doucement, il y a de véritables serpents sur le mur. Hadrian ? HADRIAN !!!
Je réagis juste à temps pour lui éviter d’être mordu. D’un revers de la main, je projette le serpent qui comptait l’attaquer au loin puis attrape mon compagnon par les épaules.
— Qu’est-ce qui te prend ?
Une inquiétante lueur verte brille dans son regard. Hadrian me dévisage sans me voir avant de se dégager et de se retourner vers le serpent géant. Un autre serpent, celui que j’ai repoussé, vient alors se blottir aux pieds de mon compagnon.
— S’il te plait, je le supplie, le menton tremblant. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je…
Inutile. Je n’existe plus pour lui. Seuls comptent désormais les serpents. Celui qui s’est pris d’affection pour lui se tortille vers la sortie et Hadrian lui emboite le pas sans hésiter un seul instant. Je les regarde s’éloigner avec une boule dans l’estomac. Un frisson me parcourt le corps et je cherche du réconfort auprès de la khamsa à mon cou.
« Donne-moi la force. »
Je ferme les yeux. Inspire lentement. Je n’ai pas envie de les suivre. J’ai peur, j’ai froid, j’ai mal.
« S’il te plait, donne-moi la force. »
Pourtant, alors que mon pendentif devient plus chaud entre mes doigts, je me lève et me précipite derrière Hadrian.
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