Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE PONT OÙ JE PROUVE MA FOI
LE PONT OÙ JE PROUVE MA FOI

LE PONT OÙ JE PROUVE MA FOI

Pièce n°2472
Écrite par Didou
Explorée par Armelle
En compagnie de Hadrian
Fait partie de la saga << < Vent de Révolte

— J’ai changé d’avis. Maelie n’est pas si impressionnante que ça.

Hadrian m’adresse un sourire. D’un mouvement lent, il tourne sur lui-même et balaie les alentours du regard.

— C’est tout le contraire pour moi. Je dois avouer qu’elle monte encore dans mon estime.

Le regard que je lui lance doit être des plus outrés puisqu’il explose de rire, une expression que je ne pensais jamais voir sur son visage d’ordinaire si calme.

— Tu ne te rends pas compte à quel point elle parvient à défier le hasard, m’informe-t-il.

Je grogne et, sur un ton plus tranchant que je ne l’aurais voulu, réplique :

— En admettant que le hasard existe vraiment.

Par réflexe, mes doigts cherchent les pendentifs autour de mon cou. Hadrian recule d’un pas, s’éloigne de moi pour se rapprocher du semblant de pont qui partage la pièce en deux.

« Après le couloir sombre, nous avait expliqué Maelie, vous arriverez à un pont. Aucun risque de ce côté. »

La réalité ? Son foutu pont sans aucun risque est constitué de vieilles planches de bois pourries prêtes à céder même sous le poids d’un oiseau.

— Tu ne te rends pas compte à quel point il est difficile de prévoir les changements du Château, souffle Hadrian, si proche du vide que je me demande s’il ne va pas sauter. Le temps et l’espace n’y respectent aucune règle. Cette pièce, poursuit-il en écartant les bras, lorsque Maelie l’a cartographiée, devait être très différente de celle qu’elle est aujourd’hui. Qu’elle a réussi à deviner à quoi elle ressemblerait, sous quel jour elle se manifesterait à nous…

— Hum, c’est bon. J’ai bien compris que t’étais en admiration devant elle.

— Je sais reconnaitre ses qualités, proteste Hadrian avec un regard par-dessus son épaule. Mais j’ai aussi conscience de ses défauts.

— Qu’elle n’ait aucun scrupule à nous sacrifier par exemple ?

— Maelie ne ferait jamais ça.

Je hausse les épaules, hésite à le contredire mais retiens finalement mes propos. À la place, je m’approche à mon tour du pont et prends une longue inspiration.

— Qu’est-ce qui me dit que les planches ne vont pas céder ?

— Aie foi en elle.

— Je n’ai foi qu’en lui.

Ma réponse au tac-au-tac me vaut un regard curieux d’Hadrian. Je grogne en retour.

— Tu parlais de hasard. Je n’y crois pas un seul instant. Il n’y a pas de hasard là où il existe. Tout est une question de destinée.

Je pose un pied sur la première planche. Le regard de Hadrian pèse sur moi. Je ne lui accorde aucune attention, mes pensées toutes dirigées vers la khamsa brûlante à mon cou.

Maelie peut bien aller se faire foutre. Mais j’ai foi en lui. Le pont tiendra bon.

Un deuxième pas, un troisième. Le bois gémit sous mon poids. Un craquement sinistre se répercute dans toute la pièce. Pourtant, je ne frémis pas. Les yeux fixés devant moi, sur l’autre extrémité du pont, je continue d’avancer comme sur un sol stable. Une perle de sueur me force à cligner les paupières. Sa piqure ne réussit toutefois pas à me déconcentrer. Je poursuis mon chemin, les lèvres entrouvertes pour réciter une prière. J’ignore combien de temps exactement me prend la traversée. Mais bientôt, je parviens enfin de l’autre côté. La main autour de mes pendentifs, je m’accorde de longues secondes pour le remercier puis me tourne vers Hadrian et lui décroche un sourire.

— À ton tour.

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