Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE BUREAU DE L’ASSISTANT N°2 DU PR. PLUMEFER
LE BUREAU DE L’ASSISTANT N°2 DU PR. PLUMEFER

LE BUREAU DE L’ASSISTANT N°2 DU PR. PLUMEFER

Pièce n°2477
Écrite par Quokka Cola
Explorée par Selen

– Je t’ai ramené un matcha, je dis à Tem quand je rentre dans son bureau.

– Merci, tu es le meilleur, Selen !

Il me tourne le dos, il est en train de se battre avec la photocopieuse. Manifestement, elle a avalé une feuille de papier qu’elle refuse de rendre. Celle de mon bureau avait déjà rendu l’âme avant que je ne rejoigne l’Ordre, et comme ce connard de Réaubal refuse de gérer les impressions, les photocopies, les scans, les fax et tous les trucs liés aux imprimantes auxquels on pourrait penser parce que c’est en dessous de son rang, finalement tout se fait dans le bureau de Tem.

Son bureau est plus vide que le mien. Comme c’est moi qui trie le courrier, les papiers, ce qui doit être envoyé ou ce qui doit être transmis au plus vite au Pr. Plumefer, il y a des tonnes de boîtes et de classeurs sur les étagères de mon placard euh bureau. Le poste d’assistant N°2 vient avec un bureau plus large qu’un lit une place (il fait au moins 15m² !).

– Alors, il était comment Pioupiou aujourd’hui ? me demande Tem.

Les larmes me montent aux yeux. Je ne réponds pas tout de suite à sa question, et le téléphone sonne. Tem gère tous les appels pour le Pr. Plumefer. Il prend une voix très enjouée pour répondre. Il fait presque toujours ça depuis qu’il a suivi une formation obligatoire sur l’appel téléphonique. Je sais qu’il pense que ça ne sert à rien, et je sais aussi qu’il le fait uniquement quand il trouve les gens qui l’appellent particulièrement désagréables. Il prend un énième post-it qu’il va coller comme tous les autres sur l’écran de son ordi (je ne sais pas comment il fait pour pouvoir encore se connecter), et il note quelque chose : 

– Comment est-ce que vous écrivez “cadastre” ?

Il raccroche, et lorsqu’il lève les yeux sur moi, son sourire s’efface. Il se lève si brusquement que sa chaise bascule derrière lui, et il se précipite vers moi.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Je crois qu’il suffisait de ça pour que je craque. Je me mets à pleurer pour de vrai, et Tem désemparé m’offre sa boîte de mouchoirs.

– Je crois qu’il me déteste, je hoquette.

– Qui ? demande Tem.

– Le Pr. Plumefer, je pleure. Il a dit que j’étais insupportable à regarder. Je crois que je faisais trop de bruit en marchant parce que ma cheville était douloureuse. Il me déteste.

– Tu veux que j’aille lui péter sa gueule ?

Je mets ma main sur la bouche de Tem et je prie pour que personne, surtout pas ce con de Réaubal, n’ait entendu ce qu’il a dit. Dire un truc comme ça, c’est un aller simple vers la mort.

– Ne dis pas ça ! je chuchote.

Il sourit contre ma main, et je la retire.

– Selen, il est méchant avec tout le monde. Je ne pense pas qu’il te déteste particulièrement. Je pense que, comme pour tous les autres, tu n’existes pas, et il s’est adressé à toi de la même manière qu’il parlerait à son grille-pain. Ce n’est pas que tu as reculé, c’est que tu es toujours coincé à la même étape. Je suis sûr qu’il ne connaît même pas ton nom. Tu devrais arrêter de crusher sur ce type qui n’est même pas capable de t’apprécier. Tu veux que je te présente quelqu’un ? Qu’est-ce que tu penses de la fille blonde qu’on a vu l’autre fois ? Lanéa, je crois. Qu’est-ce qu’il se passe, Selen ? Tu es tout pâle. Tu as mangé ce matin ?

Tem me tend une des barres de céréales qu’il garde pour moi dans son tiroir. Dans le premier, il y a une collection de post-its. Il en demande à chaque fois que Réaubal fait une commande de matériel pour le bureau. Je pense qu’il le fait plus pour l’ennuyer que par peur de vraiment en manquer. Dans le deuxième, il y a des stylos, des feutres, des crayons, des gommes, des étiquettes, des tubes de colle, des trombones… Pas de ciseaux, il les emprunte toujours chez moi. Dans le troisième tiroir, les barres de céréales. Et des bonbons. J’essuie les larmes de mes joues.

– J’ai oublié de mettre un cup holder sur le café. D’habitude, je mets toujours un cup holder pour recouvrir mon nom, mais j’ai oublié parce que le café était froid. Sinon, je me brûle quand je le porte.

Tem hausse les épaules : 

– Et c’est grave parce que ?

– Ce n’est pas professionnel. C’est mon nom, tu comprends ? Imagine il rentre en salle de réunion avec un gobelet où il y a mon nom dessus, je réponds.

– Bah oui, et puis comme aujourd’hui on est le 31, il va y aller avec son café sous l’aile et sauter sur la table sous sa forme de poulet, raille Tem. T’en fais pas, il n’y a aucun risque que quelqu’un voie ton gobelet. Parce qu’il n’y a aucun risque que quelqu’un voie le Professeur tout court.

– Non mais… je proteste faiblement.

– Non mais rien. S’il se permet la moindre remarque, c’est moi qui ferai le café, et il boira du café instantané jusqu’à la fin de ses jours, dit Tem.

Je ris malgré moi.

– Mais tu détestes faire le café ! je dis.

– Justement, ce sera fait vite fait mal fait, dit Tem. Il pourra se noyer dans son jus de chaussette et dans son amertume. Allez, t’en fais pas. Tu devrais aller te reposer ou retourner chez le médecin pour ta cheville.

– J’y vais. Le Pr. Plumefer m’a donné un passe-droit pour aller voir un mage, je dis.

Tem siffle et je prie pour qu’il ne dise pas quelque chose qui va nous foutre en prison tous les deux.

– Un mage ? Il a un sacré pognon, le Pioupiou. Finalement je comprends pourquoi tu l’aimes malgré son caractère de vache : il est friqué.

– Arrête ! je râle. Tu sais très bien que ce n’est pas ça !

– Mais oui, allez va voir ton mage et laisse moi travailler. L’imprimante va pas se réparer toute seule.

– Tu veux que je t’aide ? je propose.

– Non ! Oust !

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